Pénurie de rosé cet été ? Ou prétexte…

Le Point – 22/05/2018 – Jacques Dupont –
Un article des « Échos », largement relayé, alerte sur un éventuel manque de rosé cet été et une « mécanique » hausse des prix. Mise au point.
Le gel d'avril a sévi, mais il n'a pas affecté tous les vignobles. 
Passé le mariage princier, l’actualité du week-end de la Pentecôte manquait un peu de piquant. Autant dire que cet article des Échos annonçant que, cet été, la France allait manquer de vins rosés a eu un effet bénéfique dans les rédactions. Même le 20 heures de TF1, qui manquait un peu de « sujets concernants », a relayé la chose.
Alors, c’est vrai : le gel de la fin avril 2017, grillant les bourgeons, les embryons des grappes, a gravement compromis les récoltes. Mais la vague de froid n’a pas non plus visé expressément les ceps destinés à produire du rosé ! Les récoltes de rouges à Saint-Émilion ou de certains blancs de Loire (les muscadets, entre autres) ou d’ailleurs sont également affectées sans que l’on annonce pour autant la mort de Bacchus. Et l’effet qualifié de « mécanique » sur les prix des rosés de Provence – une hausse de 10 à 20 % – relève de la même franchise que l’on attribuait dans nos campagnes à « l’âne qui recule »…
Cela fait quelques années, et sans la contribution d’une météo agressive, que les rosés de Provence connaissent un succès qui dépasse largement nos frontières et que ce vin, autrefois méprisé par les « connaisseurs », fait de plus en plus partie du quotidien plaisir estival des consommateurs. Pis même, il est devenu une boisson toute saison, notamment chez les jeunes, à l’apéritif. Le rosé « Mimile » en « cubi » chargé de magnifier les chipolatas charbonneuses du barbecue spécial Patrick Chirac a perdu la partie. Place aux bouteilles « design » qui font parfois ressembler une Saint-Gobain 75 cl à un flacon de chez Chanel.
Il reste du vin !
Le prix est en conséquence et la Provence a su parfaitement exploiter le filon en améliorant grandement la qualité des produits. Mais halte à la désespérance, la pénurie n’est pas pour le 14 juillet ni même pour le 15 août. Nous venons de déguster pour le Spécial vins d’été (sortie 28 juin) quelque 300 rosés de cette région et pas un des producteurs ne nous a spécifié une « quantité limitée ». Le gel a sévi en Provence, mais pas partout, heureusement, et il reste du vin. Par ailleurs, d’autres vignobles produisent des rosés de qualité et en quantité : la vallée du Rhône (qui possède même un rosé grand cru, le tavel), le Languedoc, la Loire, le Jura, la Champagne (avec bulles ou, plus rare, sans bulles), l’Alsace, le Sud-Ouest, Bordeaux. Il n’y a guère que la Bourgogne où il se fait de plus en plus rare…
Et l’été, c’est aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir d’autres vins légers, de soif, de soleil : des blancs, des rouges légers – la Loire en regorge –, les merveilleux beaujolais « nouvelle vague » qui n’ont plus rien à voir avec les « technos » d’autrefois…
Le Canard enchaîné (24/05/2018)

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