Des nanotechnologies très casse-bonbon

Le Canard enchaîné – 23/05/2018 – Conflit de canard –
On ne remerciera jamais assez les rats de laboratoire. Rappelez-vous, ces petits veinards, nourris pendant cent jours avec du dioxyde de titane, avaient développé des lésions précancéreuses du côlon et des troubles du système immunitaire.
L’étude publiée l’a dernier par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique avait fait grand bruit, au point que les ministres de l’Économie, de la Santé et de l’Agriculture avaient questionné illico l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) sur la dangerosité de cet additif farci de nanoparticule. L’Anses s’était gardée de trancher mais avait tout de même recommandé de lancer des études pour y voir plus clair. Puis, en février, rebelote, la France demandait à la Commission européenne de réévaluer, au regard des effets sur la santé des rats, l’autorisation de l’E171, comme on l’appelle aussi. Une cochonnerie dont on a maintes fois parlé.
Il y a quelques jours, c’est la secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson, qui en a rajouté une louche en annonçant l’interdiction du dioxyde de titane dans les assiettes. Et de touiller aussitôt un amendement pour « suspendre la mise sur le marché et l’usage du E171. On applaudit des deux mains cette décision servie dans le fameux projet de loi Agriculture et Alimentation, sorti du grand raout des États généraux de l’Alimentation. Sauf, que, du dioxyde de titane, on risque d’en becqueter encore quelque temps.
En effet, ce qui n’a pas été dit, c’est que la France est tenue de notifier sa décision à Bruxelles, qui a ensuite trois mois pour répondre. De là à imaginer le coup de com’ d’une ministre en mal de notoriété… D’autant qu’en février, la France, aiguillonnée par l’association Agir pour l’environnement, avait déjà demandé à l’Europe de réétudier l’autorisation de l’E171, et que l’Autorité européenne de sécurité sanitaire de aliments, saisie du dossier, est censée rendre sa copie cet été. Le pire est que cette initiative médiatique de la ministre pourrait provoquer un télescopage contre-productif. Un répit bienvenu pour l’Association des fabricants de dioxyde de titane et certains géants de l’agroalimentaire, qui tardent à remplacer cet ingrédient magique, utilisé pour faire briller les bonbons et les décos de pâtisserie ou encore pour blanchir les chewing-gums et les sauces vinaigrettes industrielles.
Tout ça parce que changer la recette coûte bonbon ?

Faut-il jeter les bonbons à la poubelle ? (Science et vie -30/01/2017)
C’est à se demander, au regard des travaux d’une équipe INRA sur l’additif alimentaire E171. Derrière ces caractères se cache le dioxyde de titane, un pigment blanc utilisé dans différents produits, notamment les dentifrices et surtout les bonbons. Mélangé avec d’autres substances il permet d’obtenir une palette de couleurs destinées à les rendre très attrayants pour les enfants !
Sauf que ce E171, déjà considéré comme cancérigène probable lorsqu’il est inhalé, pourrait également l’être lorsqu’il est ingéré. Les chercheurs montrent en effet que chez des souris ayant consommé ce produit, les particules les plus petites, de taille nanométrique (qui représentent 10 à 40% du produit selon les procédés de fabrication), traversent la barrière intestinale. Les chercheurs en ont retrouvé jusque dans le foie des animaux.
Dans la paroi intestinale, leur présence entraine des anomalies du système immunitaire et une inflammation locale, puis déclenche, après 100 jours, l’apparition de lésions pré-cancéreuses chez environ 40% des animaux. « Ces lésions n’évoluent pas forcément vers un cancer mais il s’agit de la première étape vers celui-ci qui se manifeste par une désorganisation des cellules épithéliales », rappelle Eric Houdeau, responsable des travaux. Or, les auteurs ont utilisé des doses représentant celles ingérées en moyenne par les enfants. Les adultes eux, sont dix fois moins exposés compte tenu du fait qu’ils sont (souvent) plus raisonnables vis-à-vis des confiseries et n’avalent (normalement) plus leur dentifrice.

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