Quid du bien-être animal dans la loi Agriculture et Alimentation ?

Charlie Hebdo – 06/06/2018 – Luce Lapin –
Fidèle à ma nature pessimiste (ou « lucide » comme aurait dit Cavanna), je n’attendais pas grand chose du projet de loi Agriculture et Alimentation, issu des États généraux de l’Alimentation. Pas grand chose, mais tout de même… pas à ce point ! En tous cas, malgré l’importance des sujets, il n’y avait pas foule à l’Assemblée nationale ces derniers jours, et plutôt nuits, de mai, pour discuter de l’article 13 qui concernait le « bien-être animal » : seulement 67 députés présents pour certains votes. Je rappelle leur nombre : 577. Cinq cent dix avaient donc un mot d’excuse de leur mère ?
D’après le sondage Ifop Opinion/ 30 Millions d’Amis (février 2018) 70 % des Fraçais estiment que les animaux sont mal défendus par les politiques. Démonstration ci-dessous. « Bien-être » accolé à « animal » mérite ici plus que jamais ses fidèles guillemets. Voyons les principaux amendements proposés, pour quel vote. –
– La vidéosurveillance dans les abattoirs – adopté pour les établissements… volontaires, à l’essai pendant deux ans. On remarquera le grand sens de l’humour de nos élus.
– Le broyage des poussins – mâles pour les œufs, femelles pour les canes (car leur foie est « moins bon » une fois gavé que celui des mâles), parce qu’ils ne servent à rien. Amendement dégagé.
– La castration des porcelets et la coupe de la queue, ou caudectomie, sans anesthésie – les éleveurs continueront à trancher, au sens propre, dans la joie et la bonne humeur. Et les petits à hurler leur douleur.

– Aucune option végétarienne obligatoire dans les cantines publiques, mais c’est juste pour énerver le député Yves Jégo (UDI), auteur de l’amendement.
– Les poules pondeuses resteront en cages (direction l’abattoir entre 12 et 15 mois, bio ou pas bio), mais aucune nouvelle structure ne sera autorisée. Quelle hypocrisie, ça fait belle lurette qu’on n’en construit plus… Même punition pour les lapins (99 % en cage). Quant aux œufs produits (c’est le bon mot), par ces malheureuses poulettes, ils continueront à être vendus dans les rayons des supermarchés. 
Le tout bien résumé par Yannick Jadot, eurodéputé écologiste Verts/ALE (Alliance libre européenne), sur France Inter le 29 mai, qui parle de « négationnisme écologique » : « le lobby de la malbouffe et de la souffrance animale a dicté sa loi. »
Allez, une petite avancée, pour un petit peu d’optimisme : l’étiquetage du mode d’élevage sur les produits d’origine animale – mais pas de l’abattage… Honte aux députés LREM et au président de la république, qui n’a pas de parole.
Site de campagne présidentielle du candidat Macron, 2 mars 2017   « L’élevage en batterie des poules pondeuses, incompris par un nombre croissant de Français, devra progressivement disparaître au profit des élevages alternatifs. En 2022, les œufs de poules en batterie seront interdits à la vente au consommateur. Nous accompagnerons financièrement les exploitations dans leurs transformations, en nous appuyant sur les filières et la distribution. […] 5 milliards d’euros de notre Plan d’investissement seront consacrés à la modernisation de leurs exploitations. […]. Les financements seront réservés à : [… ]Des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal […]
Lire aussi :
États généraux de l’alimentation : les lobbies vampirisent le débat    (Siné Mensuel N° 67 – septembre 2017)
et  États généraux de l’alimentation : c’est l’ »agrobusiness » qui régale  (Le Canard Enchaîné – 27/09/2017)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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