Griveaux et Darmanin pourfendeurs en série du système social

Charlie Hebdo – 06/06/2018 – Jacques Littauer –
« Une faillite collective, 100 000 élèves qui sortent de notre système scolaire sans aucun diplôme chaque année. Un chômage endémique, 9 millions de personnes pauvres, dont 3 millions d’enfants, 4 millions de mal-logés et une espérance de vie inférieure de 10 ans pour les pus modestes« . Le réquisitoire est sans pitié. Patrice Blanc, le nouveau président des Restos du cœur en est-il l’auteur ? Non, c’est Benjamin Griveaux, l’un des pires cireur de pompes de la Macronie, et accessoirement porte-parole du gouvernement. 
A quoi est due cette situation ? Au capitalisme, à l’égoïsme, à la mondialisation ? Non,  bien sûr, si la France a autant de pauvres, c’est la faute, selon Griveaux, des politiques sociales. Et, bien entendu, le fait que la pauvreté, pour inacceptable qu’elle soit, est bien moins répandue dans notre pays qu’ailleurs (13 % de pauvres en France, contre 16 % en Suède et en Allemagne, 17 % en moyenne dans l’UE) n’est pas mentionné. Un oubli, sans doute. 
Et ce n’est pas tout. Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des comptes publics, en a rajouté une louche en s’attaquant à la « prime d’activité ». L’histoire de cette « prime » est intéressante : elle a été créée pour éviter que des personnes qui, auparavant au chômage, retrouvaient un boulot mal payé ne perdent pas d’argent à cette occasion. En effet, travailler coûte cher (transport, habits, garde d’enfants…) et lorsqu’on travaille, on perd, en partie ou en totalité, certaines aides, comme les aides au logement. 
De savants calculs d’économistes avaient ainsi « démontré » que certaines personnes risquaient de perdre de l’argent en acceptant un mauvais emploi, surtout s’il était à temps partiel, en devenant caissière ou magasinier. Il se trouve que des études de sociologues auprès des personnes concernées ont montré que cet effet « désincitation » était très rare : la plupart des personnes – toutes pauvres – préfèrent travailler, et ce même si elles y perdent plusieurs dizaines d’euros par mois. Pourquoi ? Parce que cela donne un sens à leurs journées, leur crée une vie sociale, structure leur semaine, etc. 
Mais rien n’y fait : puisque le tableau noir avait dit que les « désincitations au travail » étaient un problème, elles en sont devenues un pour de vrai. Évidemment, pour le résoudre, il y avait un moyen très simple : augmenter le smic, mais, euh… pas fou, non ?? Pour accroître l’écart entre le gain au travail et les allocations chômage, il a été jugé sous de nombreux cieux tellement plus rigolo (et moins coûteux) de réduire les allocations chômage.
Vue comme ça, la prime d’activité et plus sympa, puisqu’elle permet aux damnés de notre pays de cumuler leur salaire avec la prime, de 160 euros par mois en moyenne. Bien sûr, cette situation est très problématique, car c’est alors l’État qui verse un complément de rémunération, tandis que les patrons ne font aucun effort. 
Et c’est ainsi que le camarade Macron s’est engagé à revaloriser la prime, qui doit augmenter de 20 euros par mois cet automne, pour être accrue de 80 euros au total d’ici la fin du quinquennat. Mais la majorité est dans la stupeur : à l’opposé de cette logique, Darmanin a a accusé la prime d’activité de créer des « trappes à inactivité« , c’est-à-dire de décourager le travail. Or il est simplement impossible de reprocher à cette prime d’encourager la paresse, puisque, contrairement à ce qui se passait avant avec le RMI, que l’on perdait en retrouvant du travail, on ne la perd pas lorsque l’on recommence à travailler. Elle a été conçue pour ça ! Mais voilà, elle coûte 5 milliards d’euros par an et, par principe, c’est trop.
Il y a donc une véritable haine du système social français, tant chez Griveaux que chez Darmanin, au-delà de tout argument raisonnable. Ainsi Benjamin Griveaux a-t-il pu déclarer sans rire que « ceux qui considèrent que pour bien s’occuper des personnes dans la pauvreté il suffit de leur faire un chèque, ce sont eux qui sont méprisants« . Mais n’est-ce pas exactement ce que son gouvernement a fait, il y a quelques mois à peine, pour… les anciens redevables de l’impôt sur la fortune, les plus nécessiteux d’entre tous ?

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