Quand l’entreprise concilie business et… sagesse !

Biocontact magazine – juin 2018 – 
Notre société tout entière vit une profonde mutation. Pour répondre aux défis écologiques et humains de ce siècle, nous ne pourrons plus consommer comme nous le faisions hier en croyant nos ressources inépuisables. Il nous faut réinventer d’autres façons de produire, d’échanger, d’acheter, de vendre en tenant compte de l’environnement écologique et humain. 
Ici et là, on réinvente la sobriété heureuse, l’achat équitable, la permaculture, d’autres façons de consommer et de produire en respectant la nature. Encore marginale hier, la bio s’invite aujourd’hui dans les cantines scolaires.
Nombre de ces concepts s’inspirent en fait de la sagesse ancienne. Dans le même temps, la littérature liée au développement personnel et à la spiritualité n’a jamais été aussi riche. Le public est attentif à prendre soin de lui comme il souhaite prendre soin de sa planète.
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous interroger sur le sens de notre vie, notre niveau de bien-être et la façon dont concrètement nous pouvons agir pour transformer notre monde. Quête de valeur et quête de sens, quel monde souhaitons-nous laisser à nos enfants ?
Si elles veulent suivre cette évolution, les entreprises doivent se remettre en question et remettre en question leur mode de management, leur marketing. Dans les entreprises, les managers, les dirigeants doivent inventer de nouveaux leviers pour motiver leurs équipes, fidéliser leur clientèle, imposer une image publique forte et éthique.
Plus que jamais, la méditation, la pleine conscience, l’ouverture du cœur sont des approches dont ont besoin aujourd’hui les hommes et les femmes en quête de sens.
De bonnes intentions
Alors que beaucoup d’entreprises sont montrées du doigt ou boycottées pour leur pratique managériale d’un autre siècle, d’autres cherchent à innover. Souvent influencées par la Silicon Valley, elles découvrent le bienêtre au travail, les entreprises libérées, d’autres formes de gouvernance comme l’holacratie, la sophocratie, le management participatif ou l’intelligence collective pour remplacer les vieilles structures pyramidales désuètes. Sur le terrain, le respect, l’authenticité, l’équilibre, la bonté deviennent des valeurs essentielles pour inspirer toute société humaine. Pour ré-humaniser un environnement professionnel en souffrance, il est pourtant possible d’associer le management et la bienveillance, la sagesse et les affaires, l’autorité et l’humour, la gentillesse et le leadership, le charisme et la tendresse.
Les entreprises sont souvent emprisonnées dans une dictature du court-terme. La pression des résultats empoisonne les relations et fragilise les relations professionnelles. Les cadres sont sous pression, l’épuisement professionnel, le burnout touche tous les corps de métier. Plus que jamais, la méditation, la pleine conscience, l’ouverture du cœur sont des approches dont ont besoin les hommes et les femmes en quête de sens. Cette quête constitue une source d’équilibre essentielle à l’harmonie de tout groupe humain. Il est possible de s’ouvrir à une spiritualité citoyenne tout en restant pragmatique et en conservant le sens des affaires. Le véritable changement dont notre société a besoin dépend de notre volonté de créer, ensemble, un monde plus humain et plus spirituel. Cette nouvelle spiritualité, une ouverture à la conscience du monde, est accessible à tous.
Et sur le terrain ? Remettre de l’humain dans l’entreprise
Les managers et dirigeants s’accordent tous à vouloir remettre de l’humain dans l’entreprise, mais souvent ces bonnes intentions ne dépassent pas les chartes imprimées sur le papier et ont du mal à s’incarner sur le terrain. Avoir de belles valeurs, c’est louable, mais être congruent pour les incarner, c’est mieux !
Remettre de l’humain dans l’entreprise, c’est accueillir toutes les dimensions de celui-ci. Le corps, le cœur et l’esprit à la fois dans les rapports sociaux et dans les rythmes de la journée, dans les prises de décision et dans l’organisation générale du travail. Lorsque la trinité corps/ cœur/esprit est équilibrée, nous retrouvons l’inspiration des actes justes.
Remettre de l’humain dans l’entreprise, c’est respirer profondément, habiter son corps souvent oublié, ouvrir son cœur à la beauté des relations humaines et élever son esprit à un idéal partagé. C’est ralentir pour respecter le biorythme humain et retrouver une respiration profonde.
 
Lors de la 1ère Nuit de l’entreprise positive (en mai 2015), près de 500 dirigeants et entrepreneurs se sont prêtés au jeu de la méditation, délicieusement guidée par Geneviève Hamelet, Présidente de l’Association pour le Développement de la Mindfulness
Remettre de l’humain dans l’entreprise, c’est ne pas être uniquement dans l’urgence, dans les fonctions de chacun, c’est quitter les théories pour incarner le monde vibrant des relations. C’est accepter de se tromper, c’est se détendre face à ses objectifs pour être attentif aux partenaires, aux clients, aux collègues ; c’est accepter de prendre des chemins de traverse et ralentir pour privilégier la qualité de la relation, surtout dans les moments de désaccord. C’est avant tout apprendre à collaborer, à mieux communiquer, échanger, co-créer. C’est prendre une distance nécessaire pour se laisser surprendre par le hasard, par l’inconnu. Cette humanité se traduit par l’humour et la joie.
Remettre de l’humain dans l’entreprise, c’est considérer dans nos rapports professionnels le meilleur côté de chacun. C’est prendre le temps de s’intéresser à l’autre, de valoriser, de remercier, d’encourager, de se concentrer sur nos points forts plus que sur nos faiblesses, c’est prendre un temps nécessaire pour établir les liens entre les personnes que nous rencontrons tout au long de la journée en les considérant systématiquement comme des êtres précieux.
Remettre de l’humain dans l’entreprise, c’est accepter de lâcher prise, de lâcher le mental pour être plus fraternels. Remettre de l’humain dans l’entreprise, quelle belle intention ! Encore faut-il savoir de quel humain nous parlons : d’une personne peureuse, soumise et blessée ou dans toute sa grandeur, dans son ouverture et sa dignité ?
Du sacrifice au sens
L’entreprise a traversé différentes ères au fil des âges :
L’ère du sacrifice. Le mot « travail » vient du latin tripalium (tabouret utilisé au Moyen Age pour la torture). Aller travailler, au début du siècle dernier, c’était se soumettre sans poser de questions.
L’ère de la guerre. Lorsque la concurrence fait rage, on utilise un langage militaire : on cible une « campagne publicitaire » validée par « l’état-major », on lance une « opération terrain », on est « en tête de pont ».
L’ère du sport. L’entreprise ensuite a suivi le goût de la compétition. Il faut « dépasser la concurrence », être les plus rapides, les plus forts.
L’ère du fun. Les services RH se développent dans les entreprises, on crée des cohésions d’équipe, des séminaires où l’on pratique le paintball ou le rafting pour stimuler et motiver les salariés.
L’ère du développement durable. « N’imprimer ce mail que si nécessaire », « économisez la lumière ». L’entreprise cherche à sensibiliser ses salariés à l’écologie.
Nous entrons aujourd’hui dans l’ère du sens. Une ère où nous devons répondre de la responsabilité de nos actes, où nous devons comprendre le sens de nos investissements dans un environnement écologique et humain à long terme. C’est parce que nous entrons dans cette ère du sens que, plus que jamais, nous devons développer la pleine conscience, la méditation, la sagesse ■
Les nouveaux sages / De Arnaud Riou, éditions Solar / paru en sept 2017 – 18,90 €
Auteur, coach, formateur, conférencier, comportementaliste, Arnaud RIOU explore les différentes dimensions de l’être humain (physique, émotionnelle, relationnelle, spirituelle et créatrice).  En s’inspirant des sagesses anciennes, l’auteur interviewe plus de 30 managers, dirigeants, qui managent autrement. Dans son parcours mêlant sagesse et management, Arnaud Riou a réalisé combien la compassion, l’humilité, l’authenticité, l’équilibre, etc. sont des valeurs essentielles pour soutenir et inspirer toute société humaine. Ces valeurs souvent prônées sont peu incarnées dans la société actuelle. Persuadé qu’il est possible d’associer le management à la sagesse, l’auteur propose de s’ouvrir à une spiritualité laïque tout en repositionnant l’économie au service de l’humain.
Les nouveaux sages sont des hommes et des femmes qui œuvrent, ici et là, pour réenchanter le monde. Ils travaillent, pour cela, à se changer eux-mêmes en incarnant à leur façon sagesse et bienveillance. Ils posent un regard optimiste et novateur sur les entreprises et font cohabiter le cœur, l’économie et la conscience. En quête de valeurs et de sens, ils tissent des rapports authentiques et intègrent la méditation dans leurs choix. Ils s’appuient sur l’intelligence collective pour inventer de nouveaux modes de gouvernance, d’économie solidaire, éthique et humaine.
Pour Arnaud Riou, nous vivons une période de transition sans précédent, une véritable  » ère du sens « . Il partage ici sa philosophie et son regard sur ce monde en mutation, à travers le prisme de l’entreprise. En sillonnant la France, il a rencontré des dirigeants, des managers, des coachs et des citoyens qui ont expérimenté avec succès de nouvelles formes de management et de gouvernance (entreprises libérées, coopératives, sociocratie, holacratie…). Cet ouvrage, parcours inspirant et foncièrement optimiste, explore ainsi les voies de la sagesse appliquées au monde du travail pour construire une société plus juste.
• Des témoignages de personnalités qui ont initié de nouvelles pratiques managériales. Une galerie de portraits inspirants, et autant de pistes pour réenchanter le monde du travail.
• Des clés et des outils pratiques issus de la méditation et de la sagesse pour incarner soi-même le changement et les valeurs essentielles d’authenticité, d’empathie, d’humilité… qui inspirent toute société humaine.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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