Emancipation – Tournant social : plutôt faire face que volte-face

L’Opinion 11/06/2018 Rémi Godeau
Edito Chassez le clivage droite-gauche, il revient au galop. Elu sur le slogan «et de droite, et de gauche», Emmanuel Macron est taxé de trop pencher à droite. En somme, il donnerait raison à François Mitterrand : le centrisme n’est «ni de gauche, ni de gauche». Le procès n’est pas neuf. Des mois déjà qu’une partie de la majorité réclame un rééquilibrage. Que dans l’électorat, la gauche Bobigny désespère quand la droite Neuilly adhère. Que les syndicats s’exaspèrent parce que la liberté l’emporte sur la protection. Que le gouvernement se clive sur la question sociale…
Désormais, la petite musique en faveur d’un tournant va crescendo. Des économistes du premier cercle en appellent à l’«ambition émancipatrice» originelle. Un rapport sur la restriction du train de vie de l’Etat voit sa sortie reportée par crainte du tollé. Et en opposition au duo comptable Le Maire-Darmanin, Agnès Buzyn tente d’imposer une note moins… budgétaire. Classique, dira-t-on. Oui, mais…
Mais céder à une autre politique scellerait le retour de l’ancien monde. Un monde où la politique de l’offre ne peut qu’être une concession passagère avant le retour d’une redistribution à crédit, où impôts et normes s’imposent comme la solution quand ils sont le problème, où l’obsession du donnant-donnant mène au perdant-perdant… Mais renoncer à réformer le secteur public et à réduire son poids reviendrait à abandonner toute ambition de transformer le pays en profondeur. Mais opposer compétitivité et social au nom de la lutte contre les inégalités aboutirait à renouer avec l’illusion de nouveaux droits in fine sans réelle consistance, aux mensonges de nouvelles dépenses davantage évaluées à l’aune de leur montant que de leur efficacité.
Puisqu’il est adepte de la rupture, Emmanuel Macron doit, pour réussir, plutôt faire face que volte-face.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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