Jusqu’au-boutisme

L’Opinion 12/07/2018 Nicolas Beytout
Portefeuille de Françoise Nyssen : l’excès de transparence nuit à la démocratie
L’édito  – C’est une nouvelle victoire des grands prêtres de la transparence, et un nouveau recul pour tous ceux qui croient en une démocratie de bon sens : la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui avait été nommée pour sa compétence d’éditrice, se voit retirer de son domaine ministériel le secteur de l’édition et du livre. En entrant au gouvernement, elle avait pourtant démissionné de tous ses mandats à la tête des Editions Actes Sud, son entreprise. Mais ce n’était pas assez pour la Haute autorité pour la transparence de la vie politique (HATVP). Exit donc, le savoir-faire de la ministre sur un des secteurs stratégique de son ministère : un décret vient de lui ôter tout pouvoir sur « la régulation économique du secteur de l’édition littéraire », et la tutelle sur le Centre national du livre.
Démonstration est donc faite que, exigées sans discernement, la transparence et la chasse au conflit d’intérêts potentiel conduisent à l’absurde. Connaître son secteur devient un handicap. C’est aussi incongru que d’avoir nommé ministre de la Culture une femme politique qui n’y connaissait rien, et à qui, en guise de feuille de route, François Hollande avait dit – c’était il y a quatre ans seulement : « Tu sors tous les soirs, tu vas au spectacle et tu dis que c’est bien ».
On se demande bien, dès lors, ce que peut être l’apport de la société civile à la vie politique ? Et quelle sera la prochaine victime de cette idéologie de la transparence : Agnès Buzyn perdra-t-elle une partie de ses compétences dans la santé et Muriel Pénicaud, ancienne DRH, dans le social ?
En recevant son prix Nobel de Littérature, Manuel Vargas Llosa avait martelé, dans un discours remarqué, que trop de transparence « était dangereux pour la démocratie ». Le grand poète savait de quoi il parlait : il avait été candidat à l’élection présidentielle dans son pays.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Culture, Débats Idées Points de vue, Politique, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.