Quel 14 Juillet fêtons-nous ?

Ouest-France 12/07/2018 par Jean-François Bouthors (*)
EditoCette année, le 14 Juillet est marqué par la Coupe du Monde, mais aussi par un contexte socio-politique marqué : un discours du président devant le Congrès de Versailles déroulant ses projets de réforme et la question migratoire qui ne cesse d’obséder les hommes politiques tout en tenant en échec une Europe incapable de se mettre d’accord.
Étrange 14 Juillet 2018, « coincé » entre les clameurs de mardi soir, lorsque « toute la France » communiait bruyamment à la victoire contre l’équipe de Belgique, et la finale de cette Coupe du monde qui se tiendra le 15, à laquelle participeront des Bleus que tout le monde décriait dans la première phase de la compétition. Difficile de faire vraiment la fête avant cet ultime rendez-vous qui va voir toute la nation exploser de joie ou pleurer de déception, selon que notre équipe l’emportera ou non. Cette année, les feux d’artifice et les bals auront quelque chose d’inévitablement décalé…
Étrange 14 Juillet également, après le discours du président Macron devant le Congrès, qui annonçait les énormes chantiers des réformes à venir dont l’avancée n’ira pas sans difficultés ni combats, puisqu’il n’y a pas, de prime abord, de consensus. On est loin de l’état de grâce qui suit toute élection présidentielle. Les résultats des premières réformes ne se faisant pas encore sentir, le gouvernement ne peut se croire d’emblée « qualifié pour la finale ». Bref, il n’y a pas de quoi faire la fête et rien n’annonce l’union nationale que l’on aimerait pourtant pouvoir célébrer, ne serait-ce que pour s’encourager face aux défis à relever.
Étrange 14 Juillet encore, dans le contexte d’une France obsédée par la question migratoire, dont les hommes politiques font désormais leur cheval de bataille et sur laquelle l’Europe trébuche.
Notre Fête nationale a des accents d’universalisme : les révolutionnaires entendaient annoncer au monde la liberté et s’il fallait défendre les frontières, ce n’étaient pas contre des hommes qui fuyaient la misère ou la tyrannie, mais contre les régimes « illibéraux » de l’époque.
L’union nationale, une nécessité
Or, aujourd’hui, les peurs font douter bien des Français des vertus de la liberté et de la démocratie. Que souhaitons-nous donc affirmer ensemble le 14 Juillet ? De quelles valeurs cette fête est-elle emblématique ?
C’est le 6 juillet 1880 que la IIIe République a fait du 14 Juillet notre Fête nationale. Cinq jours plus tard, dans un geste de concorde, les Communards étaient amnistiés. Il ne fut pas précisé si la nouvelle fête célébrait la prise de la Bastille en 1789 – acte révolutionnaire par excellence, suivi dans la nuit du 4 août par l’abolition des privilèges -, ou si elle devait raviver l’esprit de la Fête de la Fédération, instituée le 14 juillet 1990, qui se voulait un acte de réconciliation de tous les Français.
Devant les députés, le roi Louis XVI avait alors prêté serment de servir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et de faire appliquer les lois. Il s’était d’ailleurs présenté comme « roi des Français » et non comme « roi de France ».
Notre Fête nationale symbolise donc à la fois la révolte contre le despotisme et l’injustice et la volonté de surmonter nos divisions pour trouver la concorde. L’union nationale n’est pas seulement une nécessité pour se défendre contre des ennemis, elle n’est pas non plus l’alibi pompeux d’un frileux repli sur soi, c’est une manière de donner corps, en commun, à la troisième des valeurs cardinales de la République.
Mais si toute fraternité bien ordonnée commence par soi-même, elle ne peut être véritablement « française » en tournant le dos à l’héritage humaniste de la Révolution, qui a inspiré la Déclaration universelle des droits de l’homme. La fraternité ne doit pas être circonscrite aux frontières de notre Hexagone ni ne valoir que pour nous-mêmes.
(*) Éditeur et écrivain

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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