Commentaire – Et si on la gagnait cette Coupe du monde ?

Ouest-France 15/07/2018 Philippe LEMOINE

/ AFP / Dimitar DILKOFF

Tout le peuple français est derrière les Bleus ce dimanche. | DIMITAR DILKOFF / AFP
EditorialEn fin d’après-midi ce dimanche, l’Équipe de France de football a rendez-vous avec l’histoire. Une victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde serait pour la nation France, un moment de communion. Elle en a besoin.
Et si on la gagnait cette Coupe du monde 2018 ! Ce serait d’abord une belle victoire pour l’équipe de France qui vient de dérouler sur les pelouses russes un très beau parcours. L’aboutissement d’un travail de longue haleine, tissé comme les fibres d’un maillot par un entraîneur qui a fait du collectif une ligne de force.
Savoir fondre les ego et les individualismes dans le chaudron d’une équipe est, à ce niveau de la compétition, un vrai défi.
Pilier de l’école de 1998, Didier Deschamps a offert aux Bleus une philosophie de l’humilité : sur le terrain, soyez un tout et non l’addition de francs-tireurs. Un sens du bien commun que l’on espère voir triompher dimanche et qui pourrait s’exporter au-delà de l’enceinte des stades.
Et si on la gagnait cette Coupe du monde 2018 ! Ce serait pour la nation France, un moment de communion. Elle en a besoin. Les années que l’on vient de traverser ont tristement manqué d’enthousiasme. Elles ont été marquées au fer de la peur, du terrorisme, du nationalisme, des relents racistes et du chômage.
Souhaitons que les Champs-Élysées soient à nouveau noirs d’une foule bigarrée et festive chantant la Marseillaise à l’unisson. Que Paris soit une fête et que l’écho d’une joie partagée remonte de chaque ville et villages. Depuis mardi soir, l’essentiel de nos concitoyens, (tous mes regrets à ceux qui détestent le foot), tourne en boucle autour d’une seule question : « Tu fais quoi dimanche soir ? »
Peu d’événements déclenchent une telle frénésie collective, une telle envie de se rassembler, de partager des émotions et, soyons honnêtes, quelques verres d’apéro. Un élan porté cette année par la génération des bébés 98. Ils étaient à peine nés ou trop petits quand la première étoile a enchanté le pays.
Ils ont entendu les récits de la folle nuit du 12 juillet, du réveil d’une nation aux trompettes de la victoire. Ils veulent la leur. Ils l’écrivent sur les claviers de leur téléphone portable mais démontrent aussi que les réseaux sociaux n’ont pas eu raison de leur sens du partage. Ils délaissent le virtuel pour vibrer au réel.
Et si on la gagnait cette Coupe du monde 2018 ! Il faudrait aussi raison garder, ne pas broder autour de ce qu’elle n’est pas. Ne pas reproduire l’erreur politique de 1998 et tenter d’en faire un remède soudain et miraculeux aux maux d’un pays. Le sport est un élément de cohésion nationale, il est porteur mais il est éphémère. Heureusement, car la défaite fait aussi partie du match. S’il fallait attendre une autre compétition pour que l’humeur du pays se relève, nous ne vivrions alors plus que dans une république des jeux. L’histoire en a montré la décadence.
Restons vigilants mais ne boudons surtout pas notre plaisir. Victor Hugo voyait dans les étoiles le reflet des passions, alors accrochons en une autre sur le maillot bleu.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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