La Coupe du Monde : victoire républicaine !

Ouest-France 17/07/2018 Jean-François BOUTHORS (*)

Coupe du monde 2018 France –

La victoire de l’équipe de France a donné lieu à des scènes de liesses et d’importantes célébrations | Ouest-France
La liesse… Mot magnifique, comme la victoire des Bleus et leur joie de l’avoir emporté, comme le bonheur de toutes celles et ceux qui en ont été transportés… La liesse, c’est à la fois les foules (depuis les Champs-Élysées jusqu’aux places de villages) et les individus – au sens premier du mot, qui dit l’entièreté de la personne qui ne se divise pas, qui est tout entière dans son acte.
Les foules sont parfois effrayantes, mais celles qui fêtaient cette victoire ne l’étaient pas. Le fait qu’elles ne se soient pas dispersées lorsque quelques sinistres « casseurs » ont surgi, prouve que ces foules avaient du coeur, qu’elles n’étaient pas folles comme celles qui se laissent séduire, pour le pire, par la haine de l’autre. Et si la fête a été démultipliée par les médias qui avaient engagé pour cela d’impressionnants moyens, il faut s’en réjouir, parce que nous avons tous besoin de connaître ce « bon côté de la force ».
La liesse… Mot magnifique. Non seulement il dit la joie, du latin laetitia qu’il ramasse pour mieux exploser, mais évoque aussi, à l’oreille, le lien et donc la communion. Un peuple uni dans une célébration heureuse – et pas simplement dans les drames que nous avons connus. La France, fille aînée de la laïcité, qui frémit à l’idée qu’une religion pourrait lui dicter sa loi, trouvait hier une expression rare de sa « religion civile », celle dont toute démocratie a besoin pour résister aux démons des passions tristes qui la menacent. Une religion civile qui n’a – Dieu merci ! – ni « grand prêtre » ni clergé qui assèneraient leur dogme et leur vision du monde. Mais qui se formule clairement, quand Didier Deschamps et ses joueurs célèbrent, finalement, « la République » !
La France veut exister
La République, cette équipe l’incarne par la grâce de cette victoire. En 1998, nous avions « découvert » la génération « black-blanc-beur ». Vingt ans plus tard, il y a bien plus que la coexistence multiculturelle : ces jeunes héros se rattachent à un projet politique qui dépasse les clivages et les appartenances partisanes. Ils symbolisent une nation qui se nourrit de toutes ses origines et se rassemble pour gagner. Ils manifestent que la France veut exister. Le mot parle de lui-même : être en sortant de soi, être en se dépassant.
Pour gagner, il a fallu, à chacun, croire en soi et en l’autre, combattre avec abnégation, se saisir victorieusement des opportunités, ne pas se laisser déstabiliser par le doute, mais faire de lui un tremplin. En ce sens, Deschamps n’est pas seulement un grand sélectionneur, c’est un vrai coach – les politiques devraient s’inspirer de cette authentique intelligence spirituelle – qui a démontré que le succès ne se trouve pas sans une certaine « indifférence » (il a dit avoir « désacralisé » la finale). Une indifférence loin du mépris. La conviction que l’on doit agir comme l’on pense, raisonnablement et au plus intime de soi, devoir le faire. Sans se laisser déstabiliser par les émotions et influences multiples qui vousassaillent.
La République en liesse, mais aussi la liesse, fruit d’un esprit républicain, c’est-à-dire du choix de faire oeuvre commune pour écrire une histoire éclairant l’avenir qui reste toujours à construire. Et comme le dernier carré du Mondial était européen – quatre équipes de haute valeur, à bien des égards, animées du même esprit, qui auraient aussi bien mérité le trophée -, il n’est pas interdit de penser que cette victoire « républicaine » est aussi celle du vrai « coeur » de l’Europe.
(*) Journaliste et écrivain.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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