« Benalla » Ils se réveillent !

Ouest-France  21/07/2018 François-Xavier LEFRANC
L’affaire Alexandre Benalla est-elle devenue une affaire d’État ?

Picture taken March 17, 2017. REUTERS/Pascal Rossignol

L’ancien collaborateur de l’Elysée a été filmé en train de frapper un manifestant lors du 1er-Mai. | PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS
Editorial – Chargé de mission sécurité auprès du chef de cabinet de la présidence de la République, Alexandre Benalla a été filmé en train de frapper un manifestant lors des rassemblements du 1er-Mai. Une affaire qui se transforme peu à peu en affaire d’État.
L’affaire est grave. Un collaborateur du chef de l’État, présent aux côtés des forces de l’ordre avec un brassard de la Police nationale, faisant le coup de poing avec des manifestants le jour du 1er mai.
Ce fait nous rappelle les mœurs des républiques bananières. Il est indigne de la France. Comment aurions-nous pu comprendre que son auteur occupe encore une fonction au sein du cabinet de celui qui est le garant des institutions, le président de la République ? Il paraît donc normal que l’on s’émeuve de ce triste épisode de notre vie républicaine. Mais il n’est pas non plus interdit de se poser quelques questions.
Est-ce une affaire d’État ? Le mot est lâché par des responsables politiques. Une « affaire d’État » est une affaire qui met en cause le plus haut sommet de l’État. Contrevenant aux principes fondamentaux, elle serait de nature à remettre en question la légitimité même des plus hautes autorités du pays à exercer leurs fonctions. Cette qualification est donc particulièrement grave ! Ne serait-il pas judicieux d’attendre les résultats de l’enquête avant d’en tirer les conclusions ? L’auteur a-t-il agi de sa propre initiative, en jouant de sa position au sein du cabinet présidentiel, ou a-t-il agi en service commandé ? Ce n’est pas la même chose ! Le sens des responsabilités devrait inspirer aux responsables politiques de tous bords un minimum de prudence dans cette affaire.
Ils se réveillent !
Pourquoi maintenant ? L’affaire remonte au 1er mai dernier et était connue de beaucoup, au sein de l’État mais aussi de membres de l’opposition qui faisaient circuler la vidéo. Pourquoi ces derniers n’ont-ils pas immédiatement réagi ? Et pourquoi la sanction prise alors, quinze jours de mise à pied, semble-t-elle si légère au regard des faits ? Pourquoi l’enquête n’a-t-elle pas été lancée plus rapidement ? L’Élysée a engagé, hier, une procédure de licenciement à l’encontre de l’auteur des faits. Pourquoi si tardivement ? Une chose est sûre, pour les opposants à Emmanuel Macron, cette affaire vient opportunément gommer l’effet positif de la victoire des Bleus.
Que retenir de cette soudaine réactivité des politiques ? L’affaire a libéré la parole, plutôt amorphe ces derniers temps, des personnalités politiques. L’émotion est réelle et justifiée. Un flot de réactions, outrées, se répand pour commenter cet épisode peu glorieux. Le débat national retrouve une soudaine vitalité, comme enfin sorti de l’enlisement consécutif à l’élection présidentielle. Ils se réveillent !
Cette affaire politique française intervient alors que le contexte international est particulièrement inquiétant. L’Europe est menacée de toute part. La folle politique du président des États-Unis d’Amérique met en péril l’Alliance atlantique. Le sursaut européen est d’une urgence absolue. Les risques pesant sur l’Europe sont l’autre grande « affaire » qui doit mobiliser les acteurs politiques français. Quand on met en parallèle la vigueur (justifiée) des réactions après l’affaire Benalla et la grande faiblesse du débat politique en France à un an des élections européennes, on ne peut que s’interroger.
Il serait bon que la première affaire n’occulte pas la seconde.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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