Stop aux pesticides, nous voulons les coquelicots : l’Appel de Fabrice Nicolino

Planète sans visa – mardi 24 juillet 2018 – Fabrice Nicolino –

Je suis monstrueusement malheureux. En 2007, avec François Veillerette (directeur de l’ONG Générations Futures, avec laquelle We Demain a réalisé l’expérimentation bio, ndlr), nous avons publié chez Fayard un livre qui a été lu (Pesticides, révélations sur un scandale français, 2007). Nous pensions avec naïveté que nommer le crime suffirait à le faire disparaître. Ou presque. La suite nous a été cruelle. Nous avons connu la farce du Grenelle – l’annonce d’une réduction de 50 % des pesticides, suivie peu après des mots : « Si c’est possible » – ainsi que la création d’un plan coûteux, Écophyto, qui loin d’entraver le monstre, lui aura permis d’augmenter les tonnages épandus de 22 %.
CRÉER DES MILLIERS D’ÉVÉNEMENTS
Les discussions oiseuses sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes n’auront pas masqué l’essentiel : quand une molécule est par extraordinaire chassée, d’autres, peut-être plus dangereuses encore, comme les SDHI (fongicides que les scientifiques soupçonnent de modifier l’ADN des humains, entraînant de nombreuses maladies, (ndlr), sont déjà dans la place. À la fin de l’année 2017, j’étais chaud bouillant, me demandant quoi faire qui ne serait ridicule. Fallait-il accepter un monde de malades de Parkinson, sans oiseaux, sans abeilles, sans papillons, sans fleurs sauvages ? J’ai pensé que non. J’ai convaincu l’équipe de Charlie, mon journal, de se lancer. Il me semblait qu’un lieu à ce point marqué par la mort devait se tourner vers la vie et la beauté du monde. Quinze d’entre nous – dont Riss – ont accepté de livrer 100 mg de cheveux à un laboratoire spécialisé, à la recherche de pesticides. Chacun en avait entre 35 et 50 différents, certains nous reliant au DDT, interdit en France depuis près d’un demi-siècle.

J’ai embarqué ensuite François Veillerette et son association, Générations Futures, réuni une quinzaine de bénévoles, et nous avons rédigé un Appel pour l’interdiction de tous les pesticides, dont le titre dit tout : « Nous voulons des coquelicots ». Il sera publié par Charlie le 12 septembre. Nous avons un site internet (stop-pesticides.fr), un magnifique coquelicot en tissu, qu’on pourra arborer à la boutonnière, nous aurons un livre-manifeste, qui paraîtra chez Les Liens qui Libèrent en même temps que l’Appel, et pour le reste, cela appartient à la société. Ou elle réagit, rejoint l’Appel – nous espérons réunir en deux ans cinq millions de soutiens au moins –, crée, un à un, des milliers d’événements en France, ou nous aurons échoué. Mais nous allons gagner, parce qu’il n’y a pas d’autre voie que celle de la volonté.
UNE SOCIÉTÉ VIVANTE
Cet Appel appartient à tous. D’ores et déjà, beaucoup le soutiennent. Charlie bien sûr, l’évêque de Troyes Mgr Marc Stenger – quelle rencontre, hein ? –, Matthieu Ricard, Didier Robiliard, président de France Parkinson, le réseau Biocoop, la LPO, le docteur Pierre-Michel Périnaud et derrière lui 1 200 médecins, Pierre Rabhi, Béatrice Lanson-Villat, présidente d’un réseau européen de femmes d’affaires, Féminin Pluriel, la chanteuse Émily Loizeau, qui prépare une chanson dédiée, tant d’autres. Cela commence à ressembler à un soulèvement pacifique de la société française. Et ce ne serait qu’évidence, car nous lançons un Appel d’humains, aussi stupéfaits qu’effrayés. Mais surtout, surtout décidés à rappeler à nos maîtres, tous nos maîtres, qu’une société vivante existe encore.
Cela commence à ressembler à un soulèvement pacifique de la société française…
A paraître le 12 septembre 2018 aux éditions « Les liens qui libèrent »

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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