Commentaire – Céréaliers : fauchés comme les blé

Ouest-France 27/07/2018 par  Patrice Moyon

La moisson bat son plein comme ici chez Benoit Lefèvre dans la plaine de Caen.

 La production de céréales est l’une des forces de l’agriculture française, pourtant les cours du marché plombent le secteur.
Edito« L’océan des blés », cher à Charles Péguy, affronte une houle sans précédent. Rien ne va plus pour les céréaliers français. Après avoir été les grands privilégiés de la Politique agricole commune, ils affrontent des vents contraires. Tout semble leur échapper et le sort se liguer contre eux : le climat mais aussi les marchés.
Eux qui avaient l’habitude de convertir leurs exportations en équivalent Airbus A320, deux avions en moyenne vendus chaque mois, voient leur modèle piquer du nez. En Égypte, premier importateur mondial de blé dans les pays du nord de l’Afrique, et plus largement sur la rive sud de la Méditerranée, les pays de la mer Noire s’affichent désormais comme des adversaires redoutables.
n dix ans, la part de l’Ukraine et de la Russie sur les marchés mondiaux est passée de 6 % à 25 %. Et ce n’est pas terminé. Car l’embargo européen mis en place après l’invasion de la Crimée a conduit les autorités russes à faire de l’agriculture une priorité. Moscou était un client, il est devenu un concurrent. C’est vrai aujourd’hui pour le blé. Et ce sera sans doute le cas demain pour le porc ou le poulet avec des élevages industriels adossés aux exploitations céréalières russes. Comme Donald Trump, Vladimir Poutine ne désarme pas en matière agricole. Il en fait même un instrument au service de sa politique étrangère.
Le retour de la Russie est logique. Cette région a longtemps été le grenier à blé de l’Europe. Ces terres noires avec le tchernoziom sont, en effet, parmi les plus fertiles de la planète. La longue parenthèse soviétique, marquée par l’incompétence des autorités communistes dans le secteur agricole, se referme.
Réinvestir des filières longtemps négligées
Que peuvent faire les Français ? Difficile pour eux de rivaliser dans la course à l’agrandissement. Dans les grandes plaines à blé, à l’est de l’Europe, les exploitations peuvent compter jusqu’à 100 000 ha. C’est donc bien la question des choix stratégiques opérés par les céréaliers et plus largement par l’agriculture française qui est en cause.
Contrairement à ce que certains experts annonçaient, on ne manque pas de céréales dans le monde. De nouveaux records de production sont battus chaque année, avec pour corollaire des prix de marché qui grignotent les marges bénéficiaires des Français, y compris dans les exploitations historiquement les plus prospères situées dans la Beauce. Certaines accusent le coup et mettent la clé sous la porte. Un phénomène tout sauf marginal.
Après les éleveurs, les céréaliers français sont confrontés à une remise en question violente. Choisir la voie de l’immobilisme, c’est prendre le risque d’être marginalisé sur des marchés internationaux où même l’atout logistique dont les Français bénéficient encore aujourd’hui est appelé à disparaître.
L’option défendue par Emmanuel Macron lors du discours de Rungis, à l’occasion des États généraux de l’alimentation, est bien l’option la plus crédible. Produire non pas plus de quintaux de blé, mais conquérir de nouveaux marchés. Choisir la voie de la segmentation comme ont su le faire les viticulteurs. Offrir sur le marché des produits à plus forte valeur ajoutée qui sont générateurs de revenus et d’emploi. Mais aussi réinvestir des filières longtemps négligées comme celle des fruits et légumes dont la balance commerciale ne cesse de se creuser.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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