Commentaire – Benalla et nous

Ouest-France dimanche 29/07/2018 par Philippe Lemoine
L’actualité va vite… Trop vite ? Elle propulse des centaines de milliers de personnes dans la rue pour célébrer une victoire aussi bleue qu’un ciel de canicule.
Elle offre à un président de la République un trophée en or pour magnifier cette France qui gagne, si chère à ses réformes. Elle permet à un jeune homme, inconnu du grand public, de descendre, un peu vite, les Champs-Élysées dans le bus des vainqueurs auréolés de gloire. Un certain Alexandre Benalla
Tout va pour le mieux dans une France estivale, réunifiée autour d’un ballon rond. Et puis, le caillou dans la chaussure, la petite pierre qui roule et qui fait de la mousse. Beaucoup de mousse. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux, des révélations volent en escadrille… Le parfait inconnu aux méthodes expéditives devient le héros malgré lui d’un feuilleton estival.
Les chaînes d’info qui s’épuisaient à tenir une journée entière sur la météo ou les vacances d’Olivier Giroud et de ses amis trouvent là le filon béni. Les experts défilent et sortent de l’ombre celui qui agissait dans la confiance affirmée du pouvoir jupitérien. Jusqu’à se croire tout permis.
Sur la place de la Contrescarpe, Alexandre le costaud a trébuché. Lui qui croyait ceinturer du militant gauchiste, s’est pris les pieds dans le tapis roulant de la faute politique puis de l’emballement médiatique. La machine s’est enflammée plus vite qu’un feu en Grèce.
Que dit-elle de nous cette affaire Benalla ? D’une façon assez légère que les bandes dessinées d’Astérix n’ont pas tort quand elles présentent les irréductibles Gaulois prompts à s’unir pour faire face à l’ennemi puis à se jeter, une fois la victoire acquise, des poissons plus ou moins frais à la figure. Le banquet collectif n’aura pas duré longtemps…
Plus profondément, elle montre que notre démocratie parlementaire, après des décennies d’existence, navigue encore parfois dans les zones d’excès. Celle d’une puissance présidentielle qui fait émerger sans contrôle véritable des serviteurs de l’État aux habilitations discutables. Celle d’une enquête parlementaire, certes légitime, mais qui pourrait bien accoucher d’une souris.
Un nouveau monde est-il vraiment en train d’émerger lorsqu’une bévue ancillaire vient secouer le sommet de l’État ? Lorsque des partis politiques balayés du devant de la scène rêvent d’une revanche, se parant d’un seul coup de toutes les vertus ? Lorsqu’une opinion publique se sent à nouveau trompée par la promesse maintes fois tenue de la transparence et de la politique autrement ?
Au bout d’une année de Macronie, l’affaire Benalla doit rester ce qu’elle est : un avertissement sévère et légitime à ne pas confondre jeunesse et précipitation. L’esprit start-up ne peut s’affranchir des règles, ni pour son dirigeant ni pour ses collaborateurs. Elle y perdrait son efficacité et sa légitimité.
Ce scandale d’été ne doit pas non plus empêcher l’État et le pays avec lui de poursuivre sa mue dans un monde en changement.
Philippe Lemoine est président du Forum d’action modernités et président de la Fondation internet nouvelle génération. Entrepreneur engagé, il imbrique réflexion et engagement dans les grands débats de société aux activités de chef d’entreprise

Exclusif – L’homme qui voulait protéger le Président

Le JDD 29/07/2018
Pour le JDD, il raconte l’étonnant parcours qui l’a conduit d’une cité d’Evreux à l’Elysée. L’ancien chargé de mission auprès d’Emmanuel MACRON revient sur les circonstances de sa chute. Il reconnait avoir commis une faute, lors des manifestations du 1er mai et soupçonne des membres de la haute hiérarchie policière d’avoir saisi l’occasion pour l’écarter.
Alexandre Benalla au JDD : Ce que j’ai fait pour Macron
Licencié, l’ancien chargé de mission de l’Elysée Alexandre Benalla se confie et évoque son parcours, d’une cité d’Evreux au scandale qui l’a conduit à quitter l’entourage d’Emmanuel Macron.

Alexandre Benalla vit le scandale dont il est au coeur « comme une épreuve supplémentaire« . (Bruno Mourron pour le JDD)
C’est l’homme qui voulait protéger le Président, devenu celui par qui le scandale est arrivé lorsqu’une vidéo le montrant en train de molester des manifestants à Paris, le 1er mai dernier, a émergé. Alexandre Benalla, ancien chargé de mission de l’Elysée et proche collaborateur d’Emmanuel Macron, qu’il appelle « le patron », se livre auprès du JDD sur l’affaire qui porte son nom. Une affaire dont la genèse remonte au mois de mai, quand il a été sanctionné par une mise à pied de deux semaines lorsque l’Elysée a appris l’existence de la vidéo. « J’ai dit que j’étais prêt à démissionner, assure-t-il. On m’a répondu que ce n’était pas la peine. »
Lire aussi – Alexandre Benalla : « Je ne considère pas avoir commis d’actes répréhensibles »
Aujourd’hui mis en examen, Alexandre Benalla retrace son parcours, qui l’a conduit d’une cité d’Evreux à la protection du président de la République, « un homme qui donne envie d’y aller pour lui », à qui il n’a plus parlé depuis le 16 juillet, jour du retour des Bleus en France. « Il me faisait confiance, j’ai merdé, reconnaît-il. J’étais là pour le protéger et c’est moi qui l’ai mis en difficulté. »
Il n’exclut pas une audition devant les commissions d’enquête
Avant cela, tout se déroulait parfaitement entre le passionné de Clint Eastwood et Emmanuel Macron : « J’ai avec lui des relations de sympathie mais de respect. Je le vouvoie, même s’il lui arrive de me tutoyer. Il n’y a jamais eu de familiarité, j’étais à son service. »
Au détour d’une anecdote sur son passé, celui qui se dit « impulsif mais pas violent » révèle qu’il a songé à se présenter aux législatives l’an dernier : « Beaucoup de gens ont tout perdu avec l’élection de Macron, et ils ne savaient pas sous quel angle l’attaquer », expose-t-il. Va-t-il se présenter devant les commissions d’enquête parlementaires ? « Je dois me reposer, réfléchir. Mais oui, j’ai plutôt envie d’y aller. Ils veulent des explications, j’ai de quoi leur en donner. »
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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