Petit cours de philosophie – Philippe Raynaud : « ce n’est pas une affaire d’Etat » / Entretien de François Bayrou

Parce qu’il n’y a pas eu intention de l’Etat de commettre un acte délictieux, il n’y a pas d’affaire d’Etat, explique au « Monde », le philosophe politique.
Le Monde | 29.07.2018 | Propos recueillis par Nicolas Truong
« L’affaire Benalla n’est pas une affaire d’Etat »
Entretien. Professeur de science politique à l’université Paris II-Panthéon-Assas [où il enseigne la philosophie politique], Philippe Raynaud a publié de nombreux ouvrages, dont L’Esprit de la Ve République (Perrin, 2017) et Emmanuel Macron : une révolution bien tempérée (Desclée de Brouwer, 200 pages, 17 euros). [Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire et lauréat du prix Alexis de Tocqueville en 2014], il explique pourquoi l’affaire Benalla n’est pas, selon lui, une affaire d’Etat.
L’affaire Benalla est-elle une affaire d’Etat ?
Une affaire d’Etat est une affaire lors de laquelle les plus hautes autorités sont accusées d’avoir autorisé des actes considérés comme illégaux, en général au nom de la raison d’Etat, qui, elle-même, peut-être interprétée de façon plus au moins extensive. Dans l’affaire du Rainbow-Warrior, par exemple, le ministre de la défense, Charles Hernu, avait ordonné, avec l’autorisation de François Mitterrand, le coulage du navire de l’organisation écologiste Greenpeace par les services secrets français, le 10 juillet 1985. On peut aussi ajouter les écoutes téléphoniques ordonnées par François Mitterrand. Or, ce n’est pas du tout le cas avec l’affaire Benalla, lors de laquelle un chargé de mission a fait une faute regrettable, certes, mais aucunement commanditée par l’Elysée. Même s’il a été autorisé à assister à la manifestation du 1er-Mai avec les forces de l’ordre, aucun responsable de l’Etat ne lui a demandé de jouer à Rambo place de la Contrescarpe, à Paris. Il s’agit d’une crise politique qui devient une « affaire d’Etat » si l’on entend par là que le sommet de l’Etat est touché, mais elle n’est aucunement comparable avec le Watergate, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, qui serait bien avisé d’être aussi soucieux des abus de pouvoir au Venezuela.
Emmanuel Macron se présentait comme le héros du…

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Affaire Benalla : « Il y a eu une instrumentalisation politique », estime François Bayrou
Le président du MoDem, qui ne regrette en rien son alliance avec Macron, déclare, dans un entretien au « Monde », que ce n’est pas une affaire d’Etat.
Le Monde | 28.07.2018 à 10h01 • Mis à jour le 29.07.2018 à 06h37 | Propos recueillis par Matthieu Goar
Toute sa vie politique, François Bayrou a critiqué les présidents qui s’arrogeaient trop de pouvoir, notamment Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui allié à Emmanuel Macron, le président du MoDem défend un chef de l’Etat secoué par l’affaire Benalla, tout en demandant un rééquilibrage des pouvoirs.
Pensez-vous que cette affaire est « une tempête dans un verre d’eau », pour reprendre les mots de M. Macron, ou qu’elle est au contraire symptomatique d’une dérive du pouvoir ?
François Bayrou : Il y a une disproportion surprenante entre les faits tels qu’ils apparaissent au fil des auditions et le maelström médiatique et politique que nous vivons. Quel est le point de départ ? Il y a eu sans aucun doute, le 1er mai, une faute individuelle de la part d’un collaborateur du président de la République, une organisation de l’Elysée qui n’était pas assez rigoureuse et un retard dans les sanctions à prendre. Mais cela n’en fait pas une affaire d’Etat. Les sanctions ont-elles été appropriées ? La directrice de l’Inspection générale de la police nationale et le directeur général de la police nationale ont attesté tous les deux de la justesse des décisions prises par l’Elysée, c’est-à-dire la suspension puis le licenciement ou le non-recours à l’article 40. Dès lors, quelle est la substance de cette polémique ?
Benalla a profité de sa proximité avec le président pour disposer de pouvoirs qui allaient au-delà de sa fonction, n’est-ce pas la preuve d’un excès du présidentialisme que vous dénonciez régulièrement par le passé ?
Je ne vois pas les pouvoirs que vous lui prêtez. La présence de M. Benalla à l’Elysée lui a ouvert beaucoup de portes. Pourquoi ? Dans l’inconscient monarchique français, l’Elysée est investi de pouvoirs d’autant plus fascinants qu’ils sont mystérieux. Une organisation plus rationnelle doit permettre de lever tous ces fantasmes et de mettre de l’équilibre dans la manière…
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Vous évoquez le maelström médiatique, mais n’est-ce pas M. Macron le premier fautif ? En dissimulant les faits, en attendant les révélations de la presse pour se séparer de son collaborateur, n’a-t-il pas alimenté la défiance et le soupçon ?
La presse révèle ce qu’elle découvre. C’est une démarche civique. Mais la surenchère dans l’exploitation de ces révélations n’est plus maîtrisée. Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon universel : n’importe qui, dans n’importe quel domaine de responsabilité, peut être mis en accusation, sans preuve et sans fondement. Les réseaux sociaux, les télévisions en continu, les fuites des enquêtes… Tout le monde est entraîné dans une sarabande de dénonciations. Et tout cela n’est plus régulé par aucune de nos institutions. C’est un sujet pour tous les démocrates.
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En 2009, dans votre livre « Abus de pouvoir » écrit contre Nicolas Sarkozy, vous affirmiez « qu’un peuple comme le nôtre, avec son histoire, avec sa profondeur, n’a surtout pas besoin de quelqu’un qui se croit un surhomme ». Quand on entend M. Macron dire « Qu’ils viennent me chercher », ne se place-t-il pas lui aussi dans la position du surhomme ?
C’est une formule que j’ai trouvée inutilement western. Je pense qu’il voulait dire « S’ils veulent s’en prendre à quelqu’un, qu’ils s’en prennent à moi, je ne me défausserai pas… » Quand je parle avec lui, je ne vois pas un homme tenté par l’ivresse de toute-puissance. Au contraire, il pense sa responsabilité devant l’Histoire en mesurant la difficulté de la tâche. Avec cette crise, il peut désormais vérifier chaque jour la dureté des résistances qui lui sont opposées.
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A l’aune de son exercice du pouvoir, vous arrive-t-il de regretter votre alliance avec M. Macron ?
Jamais. Il m’arrive d’être impatient, d’être exigeant. Je voudrais que soit plus affirmée la dimension sociale de ce quinquennat. Je voudrais que les Français perçoivent mieux les changements vraiment révolutionnaires comme la deuxième chance, l’idée qu’avant de sanctionner les gens ou les entreprises, on devra les avertir et les accompagner vers de meilleures pratiques. Idem pour le droit à l’expérimentation des collectivités. Autrement dit, la radicale nouveauté de la politique dont la France a besoin. Mais j’ai la certitude que nous vivons une époque cruciale, et que les orientations proposées, par exemple à l’éducation nationale, sont profondément justes. C’est pour cela que je suis mobilisé.
Pour lire l’intégralité
François Bayrou, Carole Delga (présidente de la région Occitanie) et Emmanuel Macron, à La Mongie (Hautes-Pyrénées), le 26 juillet. VINCENT NGUYEN / RIVA PRESS POUR LE MONDE

La Mongie, le 26 juillet 2018 PHOTO: Vincent NGUYEN / Riva Press

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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