Une déferlante médiatique Benalla, et pendant ce temps-là…

Charlie Hebdo – 01/08/2018 – l’édito de Riss –
Et pendant ce temps-là, pendant les auditions devant les commissions de l’Assemblée nationale et du Sénat, pendant que M. Benalla assène ses vérités sur TF1, Facebook perd en Bourse plus de 100 milliards de dollars en une journée, la Grèce est en flammes, la gare Montparnasse est bloquée par un incendie, et une vague de chaleur exceptionnelle touche la planète, infligeant 38 degrés aux Britanniques, qui pensaient qu’avec le Brexit les questions climatiques ne les concerneraient plus.
Parfois, l’affaire Benalla semble un peu minable et pose la question de la hiérarchisation de l’information. Pendant plus d’une semaine, les chaînes d’info en continu ont ouvert leurs journaux sur cette affaire, alors que les chaînes de service public essayaient de se démarquer en proposant des sujets sur les départs en vacances, sur la façon de s’hydrater sur les aires d’autoroutes, sur ces vacanciers qui partent en congés avec leur lapin ou qui traversent la France en solex. même Le Mode, qui a pourtant révélé les agissements de Benalla le 1er mai, tente de renouveler l’intérêt du public en posant la question pas très originale des violences policières. Comme si tout le monde en avait déjà marre de cette affaire. Comme si le moment était venu de faire diversion.
Le temps joue pour l’Élysée, car une fois la première semaine écoulée, il est difficile de maintenir l’attention du public sans pouvoir révéler de nouveaux éléments. l’information est un produit de consommation, qui, comme tous les autres, se vend, se consomme, de digère et s’expulse le lendemain au réveil.
Plus l »information touche la vie quotidienne du consommateur, plus ce dernier sera indigné. Et plus l’évènement est lointain, moins le consommateur y sera sensible. Ce théorème se vérifie avec les questions écologiques, car il est très difficile pour le citoyen lambda d’imaginer à quoi ressemblera la terre dans dix ou vingt ans, alors qu’il sera très facile pour lui de comprendre que le logement de fonction de Benalla est un privilège, à l’heure où les APL ont été diminuées et que les factures vont encore augmenter pour tout le monde à la rentrée.
L’opposition n’a aucun moyen juridique de bouleverser le paysage politique après une telle affaire, à part voter deux motions de censure sans effets, et démissionner d’une commission d’enquête verrouillée. La seule échéance sur laquelle elle peut compter sera l’élection présidentielle. d’ici là, l’opposition doit espérer que l’opinion publique aura gardé en mémoire cette affaire pour qu’elle en tienne compte au moment du vote. Mais en quatre ans, de l’eau aura coulé sous les ponts, d’autres évènements auront surgi, crises financières, attentats, catastrophes, etc. L’odeur du scandale que l’affaire Benalla avait soufflé sur la France pendant quelques jours se sera évanouie, car rien n’est plus épuisant que de protester et s’indigner 24 heures sur 24, 365 jours par an. 
La constance en politique est proportionnelle à la constance de l’opinion publique. seuls les citoyens les plus politisés n’oublieront pas. Les autres voteront comme ils consomment, c’est à dire en fonction des modes et des promotions en vitrine le jour du scrutin. Dans quatre ans, le paquet de lessive Benalla aura été échangé contre deux autres avec un meilleur rapport qualité/prix. Des lois toujours plus libérales auront été votées, de nouveaux ministres auront fait leur apparition, une réforme des services de l’Élysée « qui s’imposait » diront les spécialistes, sera intervenue, et des mesures qui touchent la vie quotidienne des Français les feront parler au bistrot. 
Le grand cycle de la vie politique reprendra ses droits car il est inébranlable, bien plus que le rythme des saisons. Dans quatre ans le climat sera encore plus dégradé. L’automne démarrera en juillet (car à Paris, les marronniers ont déjà commencé à perdre leurs feuilles !) et il fera de plus en plus chaud…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Médias, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.