Et si on mangeait en circuit court ?

Essentiel Santé Magazine – Septembre 2018 – Texte et photos : Angélique Pineau – 
Les Français sont de plus en plus nombreux à faire leurs achats alimentaires directement auprès de producteurs locaux. C’est ce qu’on appelle des « circuits courts ».

Circuit court, quèsaco ?
On parle de circuit court s’il y a au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur (selon la définition officielle adoptée par l’État en 2009). Mais cela ne donne aucune indication sur la distance qui les sépare ni sur les modes de production utilisés. Pour autant, la plupart de ceux qui existent en France sont des circuits courts de proximité.
Ici un drive fermier, là une AMAP *, un magasin de producteurs ou une cueillette à la ferme… Les circuits courts gagnent du terrain ces dernières années (les supermarchés eux-mêmes s’y mettent). Ils s’étendent sur tout le territoire. « En 2013, ils représentaient 10 % des achats alimentaires des Français. On serait plutôt autour de 15 % aujourd’hui et on devrait atteindre 20 à 25 % d’ici à 2025, indique Yuna Chiffoleau **, directrice de recherche en sociologie et ingénieure  agronome à l’INRA. Ils touchent désormais toutes les couches de la population,jeunes comme retraités, urbains comme ruraux. » Et se démocratisent en termes de prix.
Les raisons de ce succès ? D’un côté, des consommateurs en quête de qualité (fraîcheur, goût) et de transparence quant à l’origine des produits. De l’autre, des producteurs en recherche de nouveaux débouchés et de contact avec les clients.  Une tendance qui répond donc aux attentes des uns et des autres. « Les Français sont aussi conscients des difficultés que
connaissent les agriculteurs. Et, par leurs choix, ils ont compris qu’ils pouvaient peser et défendre l’économie locale », précise Yuna Chiffoleau.
QUEL IMPACT SUR L’ENVIRONNEMENT ?
Il existe actuellement une vingtaine de formes différentes de circuits courts. Les plus importantes (en chiffres d’affaires)  restent la vente  directe à la ferme et les traditionnels marchés de plein vent. Mais les ventes se développent dans les magasins de producteurs (voir l’exemple ci-contre) et via les plate-formes sur internet en particulier. On commande en ligne et on se fait livrer au travail, à la maison ou dans un local près de chez soi où on n’a plus qu’à retirer ses produits. Lenumérique accélère le mouvement. Pour autant, les circuits courts de proximité sont-ils toujours meilleurs pour la planète ? « Réduire les distances ne fait pas systématiquement baisser l’empreinte environnementale, répond Sarah
Martin, chargée de mission alimentation durable à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Certains d’entre eux sont vertueux, d’autres pas. Tout dépend de la manière de produire et des transports utilisés, plus ou moins gourmands en énergie. » En tout cas, 10 % des agriculteurs qui travaillent en circuit court sont en agriculture biologique (cinq fois plus qu’en circuit long). « Et, au contact des clients et face à leurs questions, les producteurs ont tendance à améliorer leurs pratiques. Les  consommateurs de leur côté vont mieux connaître leur travail, avoir plus de respect pour celui-ci et donc peut-être  limiter le gaspillage alimentaire, sans compter qu’ils vont manger davantage de produits de saison. » Un système gagnant-gagnant.
PRÈS DE BORDEAUX : Un magasin de producteurs et une coopérative
Coop Paysanne est l’un des 400 magasins de producteurs de France. On y trouve des produits locaux vendus en circuit  court. La devanture annonce la couleur : « producteurs locaux,  vente directe ». Une fois rentré chez Coop Paysanne, à Cenon  près de Bordeaux, on pourrait se croire dans n’importe quel magasin de quartier, avec son rayon boucherie, ses fruits et  légumes, ses produits laitiers, ses conserves… Mais un détail attire l’attention : sur les étiquettes, on peut y lire le  département d’origine des produits, et même le nom de celui qui les a cultivés pour les fruits et légumes. D’ailleurs, il n’est pas rare de croiser l’un d’entre eux danses rayons, venu faire sa livraison ou simplement discuter avec les clients et les salariés.
Coop Paysanne est un magasin de producteurs. Il n’y a donc pas d’intermédiaire entre eux et les clients. Tous sont installés à moins de 200 kilomètres de là (la plupart sont même  girondins) et travaillent en agriculture raisonnée. Ils sont plus de 70 au total et fixent eux-mêmes leur prix de vente (70  % leur revient directement, le reste aide au fonctionnement du magasin). Mais neuf d’entre eux sont aussi coopérateurs  associés. C’est-à-dire qu’ils ont acheté des parts sociales de Coop Paysanne * et participent, de façon démocratique, à  toutes les décisions la concernant.
* C’est une SICA : une Société d’intérêt collectif agricole

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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