Krach boursier – Le pire est parfois certain

Charlie Hebdo – 08/08/2018 – Jacques Littauer –
Le capitalisme va de crises en crises, toujours plus fréquentes et profondes à mesure que les digues réglementaires sautent les unes après les autres. On ne sait pas quand on va se prendre le prochain gadin, mais on sait déjà qu’il sera magistral.
Oui, je sais, les prophètes qui ont annoncé la « crise finale du capitalisme » se sont jusqu’ici bien mis le doigt dans l’œil. La guerre de 14-18, la crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, les décolonisations, le choc pétrolier de 1973, la gauche au pouvoir en 1981, l’immense crise financière de 2008, les émissions de Cyril Hanouna… Le capitalisme survit à tout.
Mais cela n’empêche pas qu’une très jolie crise nous pend sans doute au bout du nez. D’abord, parce que le déséquilibre premier du capitalisme contemporain – la stagnation des salaires – n’a toujours pas été résolu. Partout sur la planète, la croissance est là, ce qui veut dire que l’on produit toujours plus de merdouilles. Mais le gros problème est que celles et ceux qui les fabriquent n’ont pas les moyens de se les acheter.
Même aux États-Unis, pays du prétendu plein-emploi, les salaires n’avancent pas d’un iota. Or, lorsqu’il n’y a pas de chômage, les camarades travailleurs obtiennent des augmentations. Donc si les salaires se traînent aux États-Unis comme ils le font, c’est que le taux de chômage officiel (4 %) est bidon. Et qui peut croire qu’on est au plein-emploi dans un pays où 40 millions d’Américains sont tellement dans la dèche qu’ils reçoivent des bons alimentaires – un adulte sur six !
Or que fait-on quand on est pauvre ? On s’endette. Crédit immobilier, crédit pour la sacro-sainte bagnole, crédit étudiant, cartes de crédit pour un peu tout… Toutes ces dettes alimentent des bulles parce que, comme la dette grecque, elles ne seront pas remboursées. Un autre joli krach venu des États-Unis, cœur du capitalisme financier, est donc à redouter, après celui de 2008. Et ce d’autant plus que les gigantesques baisses d’impôt de Trump, d’une ampleur sans précédent même pour un président républicain, sont elles aussi lourdes de nuages noirs.
Certes, contrairement à ce que racontent des cassandres mal informées, il n’y a aucun risque de « faillite » de l’État américain, première économie du monde, car la Federal Reserve, la Banque centrale des États-Unis, sera toujours là pour acheter la dette émise par L’État US. Mais il n’y a quand même pas tout à fait d’argent magique, et il se peut que la dette croissante du pays de l’Oncle Picsou cause un léger stress aux traders, qui se mettraient alors à revendre leurs titres de la dette publique. Or, lorsqu’on revend la dette d’un pays, cela pousse à la hausse des taux d’intérêt. Et comme les américains ont la folie de souscrire des crédits dont les taux d’intérêt varient en permanence (vos mensualités peuvent doubler du jour au lendemain !), toute hausse leur serait fatale et provoquerait à coup sûr une jolie récession.
Encore mieux : rien que pour embêter Marx et empêcher l’effondrement du capitalisme, les Banques centrales, ces drôles d’organisations qui peuvent imprimer autant d’argent qu’elles le veulent, ont fait tourner la planche à billets comme des malades depuis 2008. Il s’agissait de distribuer de l’argent aux banques, pour qu’elles ne s’effondrent pas. La finance a ainsi reçu un « pognon de dingue ». Et qu’est-ce qu’elle a fait avec ? Elle a prêté aux PME du coin ? Pfft, non. Les banques ont acheté des actions, c’est tellement plus rigolo. Conséquence : le cours de ces actions est aujourd’hui délirant, comme le montrent les sommets atteints par la Bourse de New York. Il va forcément s’effondrer à un moment.
Wall-Street – La bourse de New York –
Bref, on a largement de quoi se faire peur. Surtout lorsqu’il y a aussi les champions de ‘Tech », qui valent des milliards en Bourse mais qui ne rapportent pas un radis, ou pire, qui perdent des milliards de dollars chaque année comme Uber. ou encore la Chine, où le pouvoir demande aux grandes entreprises de s’endetter toujours plus afin d’alimenter sa folle croissance sans laquelle la population se révolterait et ferait tomber le régime. Et n’oublions pas que rien n’est réglè du côté de la Grèce…
Au final, le danger est là, puisque tout le monde est surendetté : particuliers, entreprises, États. Certes, le capitalisme sera sauvé à coups de planches à billets (des banques centrales) et de subventions (des États). Mais nous, qui nous sauvera ?

Dix ans après, faut-il craindre une nouvelle crise ?
The Economist – Londres
En août 2007, la crise américaine des subprimes contaminait l’Europe. Aujourd’hui, c’est de nouveau des États-Unis que la menace pourrait venir.Dessin de Xia, Chine. Xi

A propos werdna01

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