Santé – La « maladie des rois » toujours très actuelle

La  goutte reste la plus fréquente des affections rhumatologiques et toucherait 600 000 Français.
Le Monde | Par Florence Rosier
 « Aux premières atteintes, la douleur n’est pas excessive et il n’y a pas grand mal ; mais bientôt après, si les accès se renouvellent, on constatera une invasion croissante des humeurs dans les articulations [..]. Ceux qui prennent une nourriture trop copieuse et malsaine sont exposés à cette aggravation. » Aux Ier et IIe siècles de notre ère, le médecin grec Rufus d’Ephèse décrivait ainsi la goutte – bien après Hippocrate. Aujourd’hui encore, cette affection pâtit de cette image « antique ». A tort.
« En France, la goutte touche près de 1 % des adultes : c’est le rhumatisme inflammatoire le plus fréquent », indique le professeur Pascal Richette, rhumatologue à l’hôpital Lariboisière (Paris). Avec le professeur Thomas Bardin, il est le co-auteur de l’étude Equipage, la première à estimer cette prévalence en France. Elle a été présentée à la grand-messe de la rhumatologie européenne, le congrès de l’EULAR, du 11 au 14 juin 2014 à Paris.
Financée par les laboratoires Menarini, avec lesquels Thomas Bardin et Pascal Richette déclarent des conflits d’intérêts, l’étude Equipage ne semble pas dans la surestimation. « En avril 2014, la Haute Autorité de santé [HAS] a estimé le nombre de Français atteints à 600 000. C’est considérable », souligne le professeur Gilles Bouvenot, qui a présidé la commission de la transparence de la HAS durant dix ans et ne déclare aucun lien d’intérêts.
L’obésité, facteur de risque
La goutte se manifeste sous forme de crises douloureuses qui touchent toutes les articulations, mais se déclarent préférentiellement à la base du gros orteil. Elle est liée à un excès d’acide urique dans le sang, qui précipite lorsque sa concentration excède 60 mg/litre. Ses cristaux se déposent alors dans les articulations, d’où une réaction inflammatoire.
Dès l’origine, la goutte a été associée…

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Dès l’origine, la goutte a été associée aux excès alimentaires : non sans fondement, car l’acide urique est le produit final de la dégradation des « purines », molécules très abondantes dans la viande rouge, le gibier, certains poissons, la bière… C’est pourquoi la goutte a été longtemps nommée « maladie des rois » : Alexandre le Grand, Charlemagne, Louis XIV… furent quelques-uns de ces monarques goutteux. Récemment encore, un ancien président de la République a été hospitalisé pour une crise de goutte.
Le statut socio-économique des sujets atteints est aujourd’hui inversé. Car l’obésité multiplie par 2 à 3 le risque de goutte. Des mesures diététiques sont certes recommandées. « Mais on ne peut en attendre une chute spectaculaire de l’excès d’acide urique », note Gilles Bouvenot. Le traitement de fond vise à réduire cette « hyperuricémie ».
Un nouveau traitement est apparu
Deux principaux médicaments sont disponibles. L’un, ancien, est l’allopurinol. L’autre, le fébuxostat, est apparu en 2010. « Si le fébuxostat est un peu plus efficace pour faire baisser l’uricémie, l’allopurinol reste le principal traitement de fond, même s’il peut déclencher des réactions allergiques gravissimes mais exceptionnelles », résume Gilles Bouvenot. Le coût du traitement par le fébuxostat (1,09 euro/jour) est dix fois plus élevé que pour l’allopurinol. Dans ses recommandations 2014, l’EULAR place l’allopurinol en première intention de traitement, en recommandant d’adapter ses doses en cas d’insuffisance rénale.
Lors des crises, on traite l’inflammation par de la colchicine ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Un nouveau traitement est apparu : le canakinumab, un anti-interleukine-1. « Il concerne les patients chez qui les autres molécules sont inefficaces ou non utilisables, soit quelque 600 personnes en France », indique Gilles Bouvenot.
Reste ce débat non tranché : un excès d’acide urique dans le sang est-il en soi un facteur de risque de maladies cardiovasculaires ? « La mortalité cardiovasculaire augmente de façon continue avec l’hyperuricémie », plaide Thomas Bardin. Pour autant, « personne n’a jusqu’ici défini un seuil délétère d’acide urique dans le sang », conclut Gilles Bouvenot.

A propos kozett

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