Sortir de la vision comptable – Pauvreté : n’oublions pas les derniers de cordée

Ouest-France 18/08/2018 par Philippe de Roux entrepreneur social
Alors que cinq millions de Français vivent en situation de précarité, il semble urgent de se faire l’écho politique des mouvements qui accompagnent les plus pauvres. Pour éviter de trop dépenser, il faut s’attaquer au plus vite aux vraies causes de la pauvreté. Quand il s’agit de responsabiliser les plus pauvres, tout le monde est d’accord. « Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à contribuer », aurait pu dire Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-Monde. La responsabilité libère.
Dans un univers d’assistance au carré, une assistance pour lesquels les bénéficiaires de l’assistance ont besoin d’une armée d’assistants pour remplir les dossiers d’un mille-feuille qui fait renoncer un tiers des potentiels allocataires du RSA, il est indispensable de refonder le système, de susciter les liens gratuits et non fonctionnarisés. C’est d’ailleurs l’une des demandes principales des personnes de la rue.

Un homme sans domicile fixe à Paris. (Illustration) | DANIEL FOURAY / OUEST France
Cinq millions de Français en situation de précarité
Comme le dit Emmanuel Macron, cela a un coût et ne rien faire coûte à terme beaucoup plus cher. Par exemple, 1,5 million de copropriétés en France sont classées en catégorie « D », environ 5 millions de personnes en situation de précarité, dans de véritables bidonvilles verticaux. Les déchets traînent dans les couloirs, les caves sont squattées, les ascenseurs ne fonctionnent plus, les charges communes ne sont pas collectées car il manque de systèmes innovants de gestion globale et adaptée des services.
Ne rien faire ou ne proposer que des solutions techniques sans responsabilisation, coûte des milliards d’euros de plans de sauvegarde sans qu’aucune évaluation n’ait été réellement faite sur les coûts globaux. Alors évitons les coûts, mais en s’attaquant aux vrais sujets et sans culpabiliser ceux qui ne sont pour rien dans ces structures déshumanisantes.
Sortir de la vision comptable
Par ailleurs, on ne répondra pas aux problèmes sociaux de la précarité avec des solutions uniquement techniques. Emmanuel Macron est à l’image d’un courant de pensée « verticaliste » qu’il faut dépasser. L’urgence est de sortir de la vision comptable, de retisser des liens de convivialité horizontale partout, dans les familles, les entreprises, les associations, les administrations, les écoles, les hôpitaux…
« Nous sommes reliés donc je suis », tel est l’ADN profond de chacun d’entre nous. De ce point de vue, l’expérience « Territoire Zéro Chômeur » est exemplaire. Or l’accompagnement social durable a un coût.
Urgent de proposer un autre chemin
« Quand j’aide les pauvres, on dit que je suis un saint. Lorsque je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste », déclarait Oscar Romero. C’est pourtant bien la question du « pourquoi » qu’évite Emmanuel Macron dans sa diatribe mise en scène par son service com.
Le « pourquoi » d’une explosion des inégalités, partout dans le monde. Le « pourquoi » de la périphérisation d’une partie de la population en voie de déclassement. Le « pourquoi » de structures délétères fondées sur la croyance en un ruissellement qui ne vient pas, en la bienfaisante main invisible d’un marché qui tend plutôt à s’immiscer partout. Le « pourquoi » de la mise en orbite des élites financières qui se dédouanent de la charge commune, tout en prétendant réguler entre elles les affaires du monde en se passant de la médiation des États. Le « pourquoi » d’une machine économique devenue folle, qui fait prendre 4 à 5 °C à notre planète, tout en jetant sur les routes de l’exil des millions de migrants.
Il est urgent de proposer un autre chemin de réciprocité, de se faire, d’une manière nouvelle, l’écho politique de ces mouvements qui accompagnent les plus pauvres. Quand les « premiers de cordée » lâchent prise sur les falaises de leur ruineuse démesure, les « derniers » sont là pour les raccrocher au fil du réel, leur rappeler qu’ils sont vulnérables, les humaniser tout simplement. Ce service mérite largement sa part de « pognon ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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