Bien vivre sa fin du monde…

La Décroissance – juillet-août 2018 – dessins de Léandre – L’Édito de Bruno Clémentin
Tout a une fin. Le monde, notre monde n’y échappera pas. De là se pose la question du calendrier, court terme ou moyen terme, puisque à long terme… On évitera le genre « la fin justifie-t-elle les moyens ? », réflexion à fabriquer du sophisme au kilomètre.
Examinons d’abord plutôt qui sont les discutants, voire le promoteurs, d’une fin du monde et en parallèle quels pourraient en être les bénéficiaires, au moins provisoirement ! Nous avons en avant les déclinistes et autres collapsologues, tous ceux et celles qui font commerce de l’effondrement. On remarque que nous sommes assez régulièrement classés parme les premiers. La Décroissance est reçue comme une horreur sans nom par tout un monde de la croissance auquel s’ajoute tout un monde en attente de le devenir. Ce qui ne représente environ que la moitié de l’humanité, l’autre étant dans des quasi-situations de survie, le ballotage d’un endroit à l’autre, d’exploitation de sa « force vitale » à ,la limite de son rejet ensuite. Nous ne nous considérons pas ainsi, nous pensons rendre compte de l’état du monde  en exposant les limites.
Les collapsologues et autres effondreurs sont plus actifs, enfin en parole. Utilisant notamment l’expression « pédagogie des catastrophes », reprenant autrement des dictons dits de « sagesse populaire » constatant que l’homme se révèle altruiste et partageux comme la poule vole. C’est-à-dire ? Eh bien, quand on lui balance un grand coup de pied dans le croupion. Dans ce classement sommaire des effondreurs d’humanité, on ragera les anti-spécistes, les malthusiens. N’y voyez de ma part aucun jugement, à chacun sa fin du monde après tout. Mais on retrouve tout de même une inclinaison à la psychologisation, en français courant « la prise de tête », ce qui permet éventuellement à d’aucuns de vous inviter à des séminaires d’éveil des consciences à des tarifs légèrement supérieurs à une chambre du George V à Paris. Ainsi qu’on avait pu le constater au tournant de l’an 2000, puis 2012, il s’était créé des sociétés proposant de prendre soin de nos animaux de compagnie pendant la fin du monde annoncée…
Alors nous avançons ainsi avec d’un côté ce monde thermo-industriel brûlant tout ce qu’il peut, polluant au passage les eaux et tout ce qui y vit, les airs et nos poumons, les sols et notre nourriture, et d’un autre un rêve d’un monde pacifié, protégeant ses ressources et partageant équitablement sinon également entre toutes et tous. Le premier avec ses servants, tantôt à la manœuvre, tantôt à la consommation, une petite moitié de l’humanité à des degrés divers, avec un gros tiers, dont nous, très bénéficiaire, qui n’envisage pas de se restreindre. Les autres, personne ne les écoutant ni ses souciant de leur devenir, il est difficile de connaître leur avis.
C’est bien dans notre monde de riches que se déroule cette discussion. un monde qui par ailleurs à de la difficulté à concevoir le caractère cyclique de toutes structures vivantes s’organisant au-delà de l’individu (sociétés, civilisations) car restant avant tout dans une vision déterministe d’un développement éternel et ne répondant à aucune incitation à se restreindre. Ce qui nous donne, théoriquement, une raison supplémentaire d’espérer durer le plus longtemps possible, car annoncer la fin du monde, la vraie, ça, ce sera le « scoop » ultime !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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