Delphinariums : liberté pour les captifs

Charlie Hebdo – 14/08/2018 –
En mai 2014, trois personnes manifestent devant le parc Astérix, un des trois delphinariums en France métropolitaine. C’est le point de départ de C’est assez ! ( cestassez.fr ), créé cinq mois plus tard, le 28 octobre. L’objectif de l’association est la fermeture des delphinariums en France et en Europe – tout en contribuant parallèlement à la création de sanctuaires. C’est assez ! informe également sur la pollution des océans et sur la surpêche.
Entretien avec sa fondatrice et présidente, Christine Grandjean  :
Que compte la famille des cétacés, mammifères marins ?
Les baleines à fanons, les dauphins, les marsouins, les narvals, les bélugas… Dans les bassins français, seules deux espèces sont représentées : Orcinus orca, l’orque, et Tursiops truncatus, le grand dauphin – pour vos lecteurs : c’est Flipper !
Vous accusez les delphinariums de perversité. Pourquoi ?
Personne ne peut croire aux arguments des amateurs des corridas quand ils prétendent aimer les taureaux et l’art. En revanche, 100 % des personnes qui se rendent dans un delphinarium aiment sincèrement les dauphins et les orques… Nous dénonçons le mensonge et l’imposture de cette industrie, qui nous trompe, qui trompe plus particulièrement les enfants, en se servant de l’amour et de la sympathie que ces animaux nous inspirent pour les exploiter jusqu’à la mort. Le « sourire » du dauphin lui fait un tort fou, il fait croire qu’il est heureux de sauter en échange d’un poisson mort. C’est une douce rigolade, on n’a jamais vu un spectacle de dauphins sans un seau de poissons…
En quoi la captivité est-elle incompatible avec leur comportement naturel ?

En liberté, les cétacés sont toujours en mouvement. Ils passent seulement 10 % de leur temps à la surface. Ils migrent, nagent parfois plus de 100 km en ligne droite et peuvent plonger à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Ils chassent la nuit, se reposent durant la journée, jouent, se reproduisent, se font des amis… Ils vivent donc dans un univers à trois dimensions : surface, profondeur et sons. Ils sont très sociables, les échanger dans différents bassins pour les besoins des « collections » crée chez eux des stress immenses. Dans un bassin, ils tournent en rond infiniment, passent 90 % de leur temps à quémander de la nourriture, ce qui induit coups de soleil, piqûres de moustiques… Les sons qu’ils émettent pour communiquer ou pour capter les images se répercutent sur les parois des bassins et leur deviennent insupportables, ajoutez à cela le bruit des pompes, de la musique, des cris, des applaudissements… En cas de conflit, aucune possibilité de fuite ne leur est possible, d’autant qu’ils se trouvent avec d’autres individus qu’ils n’ont pas choisis. Entre janvier 2015 et août 2017, dix cétacés sont décédés dans les bassins français, à des âges très précoces – dont un delphineau mort-né, et trois au bout de seulement quelques jours. (…)1360-Imges
Cétacés en captivité : la souffrance derrière le spectacle (Tribune écrite à l’initiative de C’est Assez! et publiée sur le site du journal Le Monde le 28 décembre 2016.)
Le 22 décembre dernier, la mairie de Barcelone fait une annonce historique concernant la captivité des cétacés. Tout d’abord, le conseil municipal va fermer son delphinarium du parc de la Ciutadella d’ici à 2019. En outre, la ville a décidé que les quatre dauphins captifs seront libérés. Le lieu qui les abritera est encore l’objet de discussions au sein d’un groupe de travail ; ce pourrait être une baie marine dans les eaux grecques.
En France, en revanche, Aïcko, dauphin de 6 ans né au parc Astérix, n’aura pas eu cette chance. Il est mort au delphinarium Planète Sauvage le 6 novembre. Malheureusement, le décès d’Aïcko n’est qu’un décès parmi tant d’autres !
Une espérance de vie réduite En captivité, en effet, l’espérance de vie des dauphins, mammifères marins appartenant à l’ordre des cétacés, est réduite environ de moitié par rapport à la vie sauvage, malgré les soins quotidiens et l’absence de dangers inhérents au monde sauvage (collisions, filets, prédateurs, pollution, difficulté à se nourrir…).
Des mammifères remarquablement intelligents Aux souffrances liées à la captivité s’ajoutent celles du dressage basé sur la privation alimentaire, la punition et l’isolement.
La France en retard sur d’autres pays de l’UE :  On apprend que les plus beaux « spécimens » capturés dans des conditions atroces approvisionnent les delphinariums du monde entier. Un dauphin de spectacle peut être revendu 200 000 dollars !
À l’heure où les consciences s’éveillent sur la souffrance que vivent ces cétacés captifs, nous ne devons plus mentir à nos enfants en leur faisant croire que les dauphins, parce qu’ils ont toujours l’air de sourire, sont heureux de faire les clowns, la faim au ventre. De plus, ces spectacles ne peuvent rien apprendre de pertinent sur la véritable vie des cétacés, et encore moins prétendre participer à la conservation des espèces. Observer les dauphins nager à l’étrave d’un bateau est une merveilleuse leçon de vie ! Des dauphins libres, on peut en observer sur l’ensemble du littoral français.
Douze pays de l’Union Européenne n’ont pas ou plus de delphinariums à l’image de Chypre, de la Hongrie ou du Royaume-Uni qui ont légiféré en ce sens. En France, les dauphins sont encore détenus au parc Astérix (Oise), à Planète Sauvage (Loire-Atlantique), au Moorea Dolphin Center (Polynésie française) et au Marineland Antibes (Alpes-Maritimes), seul parc à détenir aussi des orques. Il est donc grand temps de fermer ces delphinariums et de permettre la réhabilitation des cétacés captifs dans des sanctuaires marins adaptés.

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