Recomposition – Les universités d’été, automne des partis politiques

L’édito de L’Opinion 23/08/2018 Rémi Godeau
Elles n’ont d’été que le nom, ces universités censées marquer la rentrée politique. Elles sentent plutôt l’automne : les illusions s’y ramassent à la pelle, les ambitions et les regrets aussi. Discrédités, les partis politiques en déclin tournent aux clubs de fans fatigués. Désorientés, leurs animateurs en perte de crédibilité jurent vouloir sortir de cette apathie intellectuelle qu’ils alimentent pourtant par leurs batailles picrocholines.
On a trop dénoncé ce vide idéologique pour ne pas, malgré tout, prêter attention à ces serments de réinvention, ces annonces de joutes intellectuelles, ces promesses d’idées nouvelles qui fleurissent fin août… A cette nuance près que notre pays a toujours raffolé des concepts, des dogmes et des lunes au point, souvent, d’en oublier la réalité. Or à quoi bon l’originalité si elle répond à un diagnostic biaisé par l’idéologie, faussé par la manœuvre ? A quoi bon une doctrine innovante sans réflexion sur son exécution, sur la manière d’y associer un large consensus ? Gare aux «yaka» de tribunes face à une opinion qui ne se paie plus de mots.
Après un an de macronisme au pouvoir, ces retrouvailles militantes n’y changeront rien. La gauche se meurt de s’accrocher à une égalité devenue virtuelle, dans un Etat-providence et une social-démocratie exsangues. La droite se perd à considérer la liberté comme secondaire, préférant l’étatisme à la responsabilité individuelle. Par facilité, toutes deux croient pouvoir rebondir en singeant les délires socio-identitaires des partis populistes concurrents. Par démagogie, ces franges radicales ciblent des boucs émissaires, fabriquent des solutions miracles, vendent un retour vers le passé salvateur. Par cynisme, chacun parie sur le cycle électoral de l’échec. Au risque que, faute de vraies réflexions, la recomposition politique vire au chaos.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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