Pôle emploi recrute… pour sa police !

Le Canard enchaîné – 22/08/2018 – Alain Guédé –
« Un métier porteur. » Pôle’ emploi ne lésine pas sur les qualificatifs alléchants quand il s’agit de recruter les agents chargés du contrôle des demandeurs d’emploi – ceux que l’Élysée réclame pour traquer les « faux chômeurs ». Ce corps d’élite de 200 l’an dernier, va passer à 400. Mais les effectifs pourraient vite grimper à 600, puis à 800, prédisent les experts. 
Dans le même temps, Bercy a fermé le service chargé de faire rentrer l’argent des évadés fiscaux repentis. Motif : il ne rapportait plus « que » 1,3 milliard en 2017. Curieux, ce gouvernement qui néglige les fraudeurs fiscaux et s’acharne, à la place, sur les présumés faux chômeurs, dont la traque ne rapportera que des clopinettes…
Quelques semaines après l’annonce par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, de 4 000 suppressions de postes à Pôle emploi, la mobilisation de moyens pour nourrir une « police des chômeurs« , comme la désigne tendrement un syndicaliste, fait des vagues au sein du personnel. Surtout que, faute de moyens, les dossiers s’accumulent sur les bureaux des agents. Mais le gouvernement n’a pas le choix : sans un taux de croissance supérieur à 2 %, le chômage ne reculera pas d’un pouce, et les projections en sont très loin. 31 000 emplois créés dans le secteur privé au deuxième semestre, c’est moins que sur les trois premiers mois de l’année. Après le versant social puis les solutions économiques, place, donc, au traitement statistique du chômage. Et l’effaceur marche à fond. Sur les six premiers mois de l’année, ce sont 70 000 inscrits de plus que l’an dernier qui ont déjà été éjectés. Un résultat d’autant plus méritoire que 2017 constituait un grand millésime en matière de nettoyage des fichiers.
Les roués vers l’ORE
Mais l’élève Pénicaud est priée de faire mieux. Faute résultat chiffré sur le front du chômage, la question de savoir à quoi servent les réformes de Macron se posera très vite. Le principe de la guillotine va être rétabli pour tous les cas de timide recherche d’emploi. Deux refus d’un job ou un arrêt de formation, et le couperet tombera. 
Ceux qui vont choisir le « métier porteur » de contrôleur à Pôle emploi vont avoir du pain sur la planche.  Jusqu’à présent, les critères pour rester inscrit au chômage étaient clairs : la réglementation sur l’offre raisonnable d’emploi (ORE) prévoyait que le chômeur ne pouvait refuser un salaire supérieur à 90 % de celui de son ancien boulot (85 % après six mois) et qu’il était tenu d’accepter tout déplacement quotidien jusqu’à 30 km.
Désormais, l’ORE prend la forme d’un contrat conclu entre le chômeur et son conseiller Pôle emploi. C’est à ces seuls contrôleurs qu’incombera la décision de supprimer ou non les allocations du chômeur : aucun recours n’a été prévu dans la loi Pénicaud 2. Une police sans juges, ça fait rêver !

A propos werdna01

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