Ces patrons et actionnaires qui s’engraissent en dégraissant

Le Canard enchaîné – 05/09/2018 – Alain Guédé –
Et une étoile de plus sur le maillot de sociétés françaises ! Selon une récente étude du cabinet britannique Janus Henderson, la croissance des dividendes versés au deuxième trimestre par les sociétés françaises (23,5 %) nous situe parmi les champions du monde. Les rémunérations des patrons du CAC 40, également en hausse, elles, de 13, 9 % l’an dernier, plaçant ainsi leurs bénéficiaires au premières loges. Pour nombre d’entreprises, ces résultats en hausse, expliquent ces généreuses dépenses. Pour d’autres, il s’agit –  même au prix de sacrifices financiers – d’empêcher les actionnaires d’aller voir ailleurs. L’ennui, c’est que dans le même temps, des purges sévères au sein des effectifs sont parfois décidées. Mais, au moins, quelques actionnaires gardent le sourire…
Face à la numérisation dévoreuses d’emplois et à des profits en forte baisse, la Société générale  a vendu aux syndicats, dès mars, un plan de rupture conventionnelle collective, l’une des trouvailles de la loi Pénicaud. Objectif d’ici à 2020 : 9 % de jobs et 400 agences de moins.
Les dividendes en forte hausse aux quatre coins du globe et particulièrement en France ! Au deuxième trimestre, les dividendes distribués par les entreprises cotées ont atteint 497,4 milliards de dollars, en hausse de 12,9%. (Le  journal de Jackturf)
Les banquiers passent à la caisse
Le PDG, Frédéric Oudéa, aurait pu, à l’instar de ses actionnaires, rester au régime sec, avec une baisse de 10 % de la « part variable » de son salaire : après tout, il n’a atteint, selon les termes du rapport financier, que « 74,4 % de ses objectifs »  en 2017. Mais une astucieuse formule d’intéressement taillée sur mesure  fait grimper sa rémunération annuelle à 3,46 millions d’euros, soit 18 % d’augmentation.
BNP Paribas utilise les mêmes recettes : 200 agences fermées en deux ans et 730 suppressions d’emplois…en attendant beaucoup plus. Les dividendes, eux, ont grimpé de 12 % en 2018, et le grand patron, Jean-Laurent Bonnafé, a empoché l’an dernier un salaire total de 4,45 Millions d’euros grâce à un opportun bonus de 30 %. Comment vivait-il avant, avec moins de 4 millions ?
Commerce très agréable
Entre dividendes, paquets d’actions attribuées gracieusement aux dirigeants et salaires mirifiques, la grande distribution n’a jamais aussi bien porté son nom. Exemple : chez carrefour, malgré 531 millions de pertes en 2017, le dividende – il est vrai au plus bas (0,46 euros) – restera positif.
Georges Plassat, l’ex-pédégé à l’origine de cette brillante situation, est parti à la retraite avec un « golden parachute » de 13 millions d’euros (ramené ensuite à 9,2 millions). Pour les quelques 2 400 salariés – bientôt plus selon les syndicats – promis aux « départs volontaires », le cadeau d’adieu sera sans doute plus modique.
Chez Auchan, la famille Mulliez, qui contrôle le groupe, s’est octroyé 465 millions de dividendes en trois ans. Or, de 2009 à 2017, la rentabilité a chuté et le bénéfice est tombé de 20% à 1 % du chiffre d’affaires. Pas sûr que quelques centaines de millions consolent les Mulliez…
LafargeHocim, le géant mondial franco-suisse du béton, vient d’annoncer plusieurs centaines de suppressions d’emplois. Pour investir davantage ? Que nenni : les économies attendues seront intégralement affectées à l’augmentation des dividendes et au rachat d’actions par la société…De quoi cimenter la confiance des actionnaires…
Dégagisme industriel
Quant à Airbus, le groupe a annoncé, en mars, son projet de débarquer 3 600 salariés, dont une minorité en France. Ses difficultés – la mévente des A380 et les soucis de l’A400M – ne datent pas d’hier. Au total, pourtant, les dividendes versés en 2016 ont dépassé les bénéfices. En 2017, ils se sont à nouveau accrus de 11,1 %.
Nul ne le conteste, les résultats de PSA (1,9 milliard de profit en 2017) sont florissants. Mais son pédégé, Carlos Tavares, continue d’élaguer. Après l’annonce, en janvier, de 1 300 suppressions d’emplois en France, il se tourne vers sa filiale allemande Opel. Malgré la mise en garde d’Angela Merkel, l’usine d’Eisenach, a-t-l déclaré le 19 avril, devrait perdre près de la moitié de ses 1 800 salariés.
Cinq jours plus tard, il a empoché une prime de 1 million « pour la mise ne place du plan de redressement d’Opel« . Le prix d’une douloureuse décision.

A propos werdna01

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