Un « pain Sécu » pour la santé

Le Canard enchaîné – 05/09/2018 – Conflit de canard –
La nouvelle a injustement été éclipsée, cet été, par l’affaire Benalla : un pain de mie brioché a le droit d’être remboursé par la Sécurité sociale. Hyperprotéiné et supervitaminé, ledit pain, adoubé par la Haute autorité de santé, sera délivré sur prescription aux patients dénutris, avec un taux de remboursement de 60 %, voire de 100 % pour ceux qui souffrent de maladies chroniques. Du blé en perspective pour la grosse coopérative meunière de Bourgogne et son partenaire industriel spécialisé dans les « solutions de panification », qui ont mis la main à la pâte.
Ce « pain sécu » ne doit pas faire oublier que, question santé, l’industrie de la meunerie nous roule dans la farine. Depuis dix-huit ans, les pouvoirs publics s’alarment du taux de sel dans le pain.  Avec près de 10 milliards de baguettes englouties tous les ans par les Français, le pain est le plus gros pourvoyeur de chlorure de sodium dans notre assiette : 27 % de la totalité du sel ingéré, devant les charcuteries ou les fromages. Alors que l’OMS recommande de ne pas dépasser 5 grammes par jour, nous en avalons 8, en moyenne. Une surdose qui cause chaque année 75 000 accidents cardiovasculaires, dont 25 000 décès. Mais pourquoi les boulangers ont-ils la main aussi lourde ? Parce que le sel augmente le poids du pain en retenant la flotte et rehausse le goût de la farine. 
Pour sortir de ce pétrin, les pouvoirs publics ont signé, il y a quatre un accord avec la Confédération de la boulangerie. La charte prévoyait que, fin 2014, plus une seule baguette fabriquée en France ne dépasse 19 grammes se sel par kilo de farine. Au dernier comptage, en 2016, seuls 23 % étaient dans les clous. « Le gouvernement n’a pas eu le courage d’imposer une réglementation limitant la teneur en sel du pain, comme c’est le cas chez nos voisins belges. Il n’a même pas imposé l’obligation d’informer le consommateur sur la quantité de sodium contenue dans sa baguette », regrette un nutritionniste. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle, qui sortira à la fin du mois, devrait retourner la salière en imposant une taxe sur les aliments les plus salés. 
Les toubibs s’inquiètent aussi de l’usage immodéré des farines ultra-raffinées, plus faciles à travailler. Plus le « degré de raffinement » est élevé, moins la pâte content de minéraux, de vitamines et de fibres, avec, à l’inverse, une charge en sucre qui grimpe. Autant dire que pour la filière de la boulangerie, le com’ autour du « pain Sécu », c’est du pain bénit !

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