Combat fondamental – Droits d’auteur: la gratuité, c’est le vol

L’Opinion 11/09/2018 Nicolas Beytout
L’édito L’Europe a perdu tant de batailles économiques qu’on peut espérer pour une fois qu’elle se réveillera. Car il en va cette fois d’un droit fondamental, un pilier des sociétés civilisées : le droit à la presse d’exister. Sans elle, les démocraties ne survivent pas. Or l’existence de bien des médias est, partout dans le monde et en Europe en particulier, directement menacée par les géants du Net, les célèbres GAFA. Sous prétexte de nous aider à diffuser nos contenus et nos marques grâce à la puissance de leurs réseaux, les Google, Facebook et autres Apple piochent gratuitement dans notre production –articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers—et les exploitent pour leur propre compte sur leurs sites. Première aberration.
Donnant accès gratuitement à nos contenus, ils démolissent le chiffre d’affaires de vente des journaux (pourquoi le consommateur paierait-il ce qu’il peut avoir gratuitement ?). Deuxième aberration.
Mais il y a plus : à force d’accumuler des données personnelles, profil, âge, sexe, centres d’intérêt et goûts de tous ceux qui les utilisent, ils ont acquis une connaissance intime sur chacun et se sont imposés comme les seuls supports publicitaires incontournables, capables d’adresser la publicité en fonction des cibles visées. Ces géants ont confisqué une immense partie du marché publicitaire, et asséché l’autre composante du chiffre d’affaires des journaux.
Réaction collective. Ceci ne peut pas durer. Certains médias, pourtant solides, ont essayé de résister ; ils se sont fait casser les reins. La réaction doit donc être collective et, parce qu’il s’agit de démocratie, elle doit être politique. Le Parlement européen doit se prononcer mercredi sur ce sujet central pour l’avenir de l’info. Le projet est simple : imposer aux géants du numérique de payer des droits d’auteur aux médias qu’ils utilisent (en l’occurrence, on parle de « droits voisins »). Faire pour le journalisme ni plus ni moins que ce qui a été fait avec succès dans le domaine de la musique. Les parlementaires ont déjà calé une première fois, miracle de la force de conviction (!) de ces géants du Net : à les entendre, faire que les GAFA payent quelques pouillèmes mettrait en danger la gratuité d’Internet, nuirait au développement du numérique et à la liberté fondamentale de ses utilisateurs. Quelle blague !
Attention, d’ailleurs, à ne pas détourner ce débat pour en faire un enjeu politicien : le droit que se sont arrogés les GAFA de se servir gratuitement des contenus d’autrui n’a rien de libéral. Nulle part il n’y a de bien ou de service gratuit. Nulle part la valeur ajoutée (en l’occurrence le travail des journalistes à partir de faits bruts) ne peut être ignorée. Le capitalisme a toujours engendré des phénomènes de domination du marché, des tentatives de création de monopoles. Et le capitalisme a toujours su, au nom même du libéralisme et du respect du marché, casser ces excès, imposer des normes, réguler, allant jusqu’à démanteler des groupes devenus surpuissants.
En à peine deux décennies, une économie nouvelle est apparue, donnant naissance à des géants mondiaux d’une surface et d’une richesse inégalées dans l’histoire. Ils touchent à tous les domaines, tous les secteurs, avec des moyens incommensurables. Le monde digital, son foisonnement, sa créativité, son talent pour repousser les limites ne doit pas tout asservir à son profit.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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