Le Boncoin : Les nouvelles affaires

Le site élargit son champ d’action à l’immobilier neuf, compte encore se développer dans la location de vacances et propose d’organiser le paiement de certaines transactions.
LE MONDE | 12.09.2018 | Par Denis Cosnard et Cécile Prudhomme
Leboncoin était déjà la plus grande brocante de France, doublée d’une immense agence immobilière et d’une puissante plate-forme d’annonces d’emplois. Douze ans après sa création, le site élargit encore son champ d’action. On y trouve toujours de vieilles partitions d’Yves Duteil, des Ferrari d’occasion, des balais d’essuie-glace, un sex-shop à reprendre à Soissons, dans l’Aisne, des studios et des châteaux, un lot de 110 vaches limousines, ou encore un poste de carreleur en intérim à Saint-Brieuc. Mais, désormais, Leboncoin propose aussi des programmes immobiliers neufs. Une petite révolution dévoilée officiellement mercredi 12 septembre.
C’est la première fois que le spécialiste des produits de seconde main et des logements anciens s’aventure sur le terrain du neuf. Sans doute pas la dernière. « Après la construction du site, puis son développement, nous entrons dans une phase d’accélération… et de bouleversements, annonce Antoine Jouteau, le directeur général. Nous arrivons donc dans de nouveaux secteurs, et cela va continuer. »
En novembre 2017, l’entreprise, filiale du norvégien Schibsted, avait préparé le terrain en achetant auprès de SoLocal (ex-PagesJaunes) le site A Vendre A Louer, qui comportait des pages consacrées aux programmes neufs. Ces derniers jours, ces pages ont été transférées sur un site spécifique, Immobilierneuf.leboncoin.fr. L’offre va d’un studio de 78 000 euros à Lorient (Morbihan) jusqu’à un cinq-pièces « à partir de 3,8 millions d’euros » dans une résidence de luxe surplombant la Méditerranée, à Cannes (Alpes-Maritimes).
Au total, Leboncoin propose 3 600 programmes, signés Eiffage, Vinci, Nexity, etc. Ils représentent « plus de 35 800 logements à acheter en France ». C’est beaucoup moins que le concurrent SeLoger, qui affiche près de 140 000 annonces d’appartements ou de maisons à acheter.
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Avec l’absorption, en février, de Logic Immo, le groupe allemand Axel Springer, qui détenait déjà SeLoger, contrôle à présent un peu plus de 50 % du marché en France, davantage encore à Paris et sur la Côte d’Azur, selon l’analyse de l’Autorité de la concurrence.
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Les jeux ne sont pas faits pour autant, assure M. Jouteau. « En matière d’immobilier neuf, aucun site ne rassemble toute l’offre, affirme-t-il. Notre ambition est de prendre la place de leader, comme nous y sommes parvenus pour le reste de l’immobilier. Les promoteurs auront ainsi une solution simple et efficace pour vendre leurs biens. »
L’extension du domaine de la lutte ne s’arrête pas là. Leboncoin ne cache désormais plus ses visées dans la location de vacances. L’entreprise se présente déjà comme le numéro deux de ce marché, derrière Airbnb, mais avec un positionnement très différent. Leboncoin est le spécialiste des locations en province, pour une clientèle familiale, française à 99 %. Quelque 4,5 millions de Français ont réservé leurs vacances sur le site en 2017, selon son évaluation. Son concurrent américain propose beaucoup d’appartements en ville, en particulier à Paris, à une clientèle internationale.
« Compétition frontale avec Airbnb »
Ce partage des rôles risque de ne pas durer. La filiale de Schibsted prépare une offensive majeure sur ce marché, avec une nouvelle arme : un service de réservation et de paiement sécurisé. Jusqu’à présent, Leboncoin se contentait de mettre en relation le vendeur et l’acheteur. Demain, la société se propose de veiller elle-même à la transaction. Pour les clients qui le souhaitent, le paiement s’effectuera sur le site. « C’est un élément qui peut rassurer les clients, explique le directeur général. Nous le testons depuis quelques mois, et cela va monter en puissance en 2019. La compétition avec Airbnb sera frontale. »
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Cette nouveauté du paiement en ligne ira au-delà des locations. Leboncoin compte ouvrir cette possibilité aux particuliers qui vendent et achètent des jeux, des jouets, du linge, de la vaisselle, etc. Aujourd’hui, un client sur cinq envoie son chèque et attend avec confiance le bien promis. Pour ces transactions effectuées sans rencontre directe, le paiement sur le site pourrait devenir la règle. « Nous allons en tout cas, peu à peu, proposer cette option dans tous les domaines, sauf l’immobilier, les services, l’emploi et l’automobile », promet M. Jouteau.
Puis, « tout naturellement, nous assurerons aussi la livraison pour ceux qui le veulent », ajoute-t-il. De la brocante virtuelle originelle, Leboncoin s’oriente ainsi vers un autre modèle économique. « C’est une logique d’e-commerçant qui se met en place », reconnaît le directeur général.
« A mesure de son développement, Leboncoin est en train de se standardiser, met en garde Raphaël Palti, PDG fondateur du groupe Altavia et bon observateur du secteur du commerce. Parmi les grands noms de l’Internet, le site était un symbole de respect de la vie privée et de la liberté de chacun : pas d’algorithme, pas de création de compte, pas de système de réputation et d’évaluation… Sous-entendu, on pouvait même faire du black. En employant les méthodes des Google, Amazon…, il doit faire attention à ne pas perdre son âme et sa différenciation. »
26 millions de visiteurs uniques en juillet
Le paiement en ligne sera gratuit pour certains produits. Pour d’autres, comme les locations de vacances, Leboncoin prélèvera sa commission, suivant en cela le modèle mixte auquel l’entreprise doit son succès. L’essentiel des services ne coûte rien, de façon à attirer le plus possible d’internautes – 26 millions de visiteurs uniques en juillet, ce qui en fait le sixième site de France en audience, derrière Google, Facebook, YouTube, Wikipedia et Amazon, selon Médiamétrie. Quelques prestations sont néanmoins payantes, pour assurer la rentabilité.
Pour le moment, le cocktail reste efficace. Au premier semestre, les activités de Schibsted en France, c’est-à-dire Leboncoin et ses satellites, ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 25 % par rapport à la même période de 2017, à 149 millions d’euros. La marge brute d’exploitation s’est un peu tassée, à 55 % du chiffre d’affaires, contre 64 % il y a quelques années. Elle reste néanmoins la plus élevée au sein de Schibsted, un petit empire de presse fondé en 1839. La filiale française, qui emploie seulement 800 personnes sur 8 000, vaut, à elle seule, 55 % de l’ensemble du groupe, estiment les analystes de JP Morgan.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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