Culture – Passion patrimoine par Philippe Boissonnat

Ouest-France 15/08/2018 Philippe Boissonnat

Le Fort Cigogne dans l’archipel des Glénan. | VINCENT MOUCHEL – OUEST FRANCE
Editorial – Le patrimoine est devenu une passion française. On va encore le constater ce week-end avec les 35es Journées européennes du patrimoine. Chapelles, théâtres, bâtiments industriels, cimetières et jardins : 17 000 sites classés attendent 12 millions de visiteurs.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Pour qui se souvient de la physionomie de nos quartiers historiques dans les années 1970, il ne fait pas de doute que nos monuments se portent mieux qu’il y a cinquante ans. Moins menacés par les projets des bétonneurs, moins défraîchis, mieux valorisés. La notion même de patrimoine s’est élargie : les bâtiments industriels du siècle dernier, comme le patrimoine lié aux guerres ou à la Reconstruction, sont venus à juste titre étoffer celui des cathédrales et des hôtels particuliers.
Avec 44 000 édifices et jardins classés ou inscrits « Monuments historiques », chacun d’entre nous a donc largement de quoi composer sa propre carte de « notre mémoire commune » et du « visage de nos territoires », pour reprendre la jolie formule de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen.

En toute logique, le volume des nouvelles inscriptions à l’inventaire des Monuments historiques a sensiblement augmenté ces dernières décennies, notamment dans la période 1980-2000. On a compté jusqu’à 700 nouveaux édifices enregistrés chaque année à la fin des années 1990.

Or, seule une infime partie de cet ensemble (3 %) appartient à l’État. Tout le reste est à la charge des collectivités territoriales et des propriétaires privés. Même si le gouvernement a annoncé qu’il s’engageait pour cinq ans à « sanctuariser » une enveloppe annuelle de 320 millions d’euros dédiée au patrimoine, public ou privé, même si les fondations privées et le mécénat d’entreprise remplissent leur rôle dans ce domaine si important pour l’attractivité touristique du territoire, cela ne suffit pas.

N’oublions pas le guide
Dans ce contexte, il faut saluer l’initiative consistant, pour la première fois cette année, à mettre en vente 12 millions de tickets de loterie destinés à élargir au grand public les sources de financement du patrimoine français. Cette loterie s’inspire de formules voisines étrennées avec succès au Royaume-Uni et en Allemagne.
Elle doit permettre de diriger 15 à 20 millions d’euros vers des monuments « en péril » sélectionnés dans chaque région par la mission confiée à Stéphane Bern. Parmi ces projets dans l’Ouest : la réhabilitation de l’ouvrage militaire Fort Cigogne, au large de Fouesnant (Finistère), la rotonde ferroviaire de Montabon, vestige de notre histoire industrielle, aux portes de Château-du-Loir (Sarthe), ou encore le château du XVIIe siècle de Carneville, menacé par la mérule, dans le Cotentin (Manche).

Certains ont exprimé leurs réserves sur l’opération : le bénéfice attendu serait loin de répondre à la totalité du besoin de financement des 269 chantiers retenus. C’est exact. Mais c’est bien la raison pour laquelle l’implication du grand public doit être la plus large possible. Et pourquoi pas via la loterie ? Elle a le mérite de donner un coup de projecteur national sur des monuments régionaux méconnus. Et rien n’interdit aux ennemis des jeux de hasard d’aller directement apporter leur contribution aux chantiers retenus.

Enfin, n’oublions pas le guide ! Pas de patrimoine vivant sans ces passionnés, dont beaucoup de bénévoles d’associations, qui consacrent leur énergie à nous donner les clefs de ces édifices. Et à relater, au-delà des vieilles pierres, la vie des hommes ou des femmes d’hier, nos semblables.

Maison et musée Julien Gracq 49 Saint Florent le Vieil

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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