Retraite : non, le système n’est pas dépassé !

Charlie Hebdo – 19/09/2018 – Jacques Littauer –
C’est amusant comme le même chiffre peut être interprété en sens inverse : actuellement, le déficit public du système de retraite est de l’ordre de 3 milliards d’euros par an.  Énorme, non ? Mais chaque année, ce sont 300 milliards d’euros de retraite qui sont versés. Il suffirait donc d’accroître les recettes d’un seul petit pour cent, et on serait à l’équilibre. Avec une politique de réduction du temps de travail qui créerait 1 ou 2 millions d’emplois, et donc autant de cotisants, ce serait plus que facile. 
Car nos bonnes vielles caisses d’assurance vieillesse sont le meilleur système qui soit. Retraites complémentaires, assurances privées, sans parler des affreux fonds de pension où vous pouvez tout perdre, tous les autres systèmes sont bien plus coûteux, car ils gérés par des gens qui se paient autant qu’ils le peuvent.
Là, le système est quasi magique : tous les pois, les salariés versent automatiquement de l’argent à papy et mamy, et seulement 1 à 2 % des sommes prélevées sont perdues en frais de gestion, contre dix fois plus dans tous les systèmes privés, qui font de la retape en permanence, parce qu’on a méticuleusement mis dans les têtes que « le système était menacé ». Or le système est clair, stable, efficace. Bien sûr, comme tous les systèmes, il nécessite des ajustements. Franchement, ‘il faut bosser un ou deux ans de plus dans les années qui viennent, ce n’est pas la mort, si ? Évidemment, il faudrait que ce soit fait de façon intelligente : par exemple, la durée de cotisation n’augmenterait pas pour les maçons, mais elle serait accrue de quatre ans pour les banquiers, ou pour les profs de fac. Et ne venez pas râler car vous vivez dix ans de plus que les prolos, et vous êtes assis sur votre siège toute la journée !
Et il serait bon aussi d’en finir avec cette prétendue « guerre des générations ». Si les vieux vivent bien – leur taux de pauvreté, de 7 %, est de moitié  inférieur à celui du reste de la population -, c’est parce qu’ils ont connu les Trente glorieuses. Et si les jeunes galèrent, c’est parce que les gouvernements ont donné la priorité à la rentabilité du capital. Ce n’est donc pas parce qu’on est jeune qu’on est pauvre, c’est parce qu’on vit dans une économie où la part des salaires dans le gâteau national s’est effondrée, et où le progrès technique détruit les emplois beaucoup plus vite que la maudite croissance n’en crée.
Dans l’histoire humaine, la vieillesse a toujours été synonyme de pauvreté, sauf pour Liliane Bettencourt et Michel Drucker. Grâce à notre système  de protection sociale, une nouvelle vie s’ouvre à chacun de nous après la vie active. Et il n’y a aucune bonne raison que cela ne dure pas, surtout si pépé, et tatie descendent dans la rue avec leur déambulateur pour se faire entendre !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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