Voyage en Occident – L’été français du tourisme chinois

Ouest-France 21/09/2018 Jean-Luc DOMENACH, Directeur de recherches au Ceri
Quel vacancier français n’a pas rencontré de Chinois dans un train ? Ils sont de plus en plus nombreux à passer quelques jours chez nous, plus rarement quelques semaines, en groupe ou en famille. Autrefois, ils se perdaient facilement, mais, aujourd’hui, ils se débrouillent avec quelques mots d’anglais et ils ont appris à se méfier de nos pickpockets.

Une mariée chinoise et ses amis posent devant la Tour Eiffel... | PHOTO ARCHIVES JEAN-MICHEL NIESTER / OUEST-France
S’ils ne manquent pas de visiter le Louvre, ils innovent de plus en plus : ils sont venus à une arrivée du Tour de France, dans l’idée, bien sûr, d’en organiser un équivalent en Chine ! Et ils parviennent à se débrouiller dans l’invraisemblable désordre de nos gares ferroviaires, tous effarés par les retards des trains.
À la vérité, c’est désormais toute la bourgeoisie chinoise qui s’intéresse au voyage en Occident. Il y a deux ou trois décennies, c’est l’Amérique surtout qui attirait et qui reste au plus haut dans les rêves : quand il se rend aux États-Unis, Xi Jinping lui-même, le président chinois, ne manque pas de rendre visite aux fermiers du Middle West qui l’avaient accueilli dans les années 1980…
Mais, aujourd’hui, la société chinoise s’intéresse aux autres Occidents. L’Allemagne et la Grande-Bretagne restent très admirées pour leur histoire et leurs performances économiques, de même que l’Espagne et l’Italie pour leurs richesses historiques.
Les rêveurs du bout du monde
Mais l’intérêt pour la France s’est beaucoup élevé. Il y a vingt ou trente ans, elle déplaisait en raison de son désordre, mais elle est désormais à la mode dans les grandes villes chinoises car on la présente comme la patrie du romantisme. Les jeunes Français sont présentés comme les plus romantiques du monde et les étudiantes chinoises se pressent dans nos universités. Celles-ci ont dû recruter des psychologues pour s’occuper de ces étudiantes qui ne veulent plus retourner dans leur patrie à la fin de leur séjour.
Et ce goût de la France n’est pas confiné à la jeunesse. De hauts dignitaires chinois se font soigner dans des hôpitaux français et achètent des pied-à-terre dans leur voisinage : c’est qu’il fait bon vivre chez nous !
Ce « roman français » s’explique largement par l’évolution de la société urbaine chinoise. Celle-ci, en effet, est très dure, en particulier pour les adolescents dont la vie est d’abord organisée autour des examens, puis de leur entreprise, et surtout pour les étudiantes, qui subissent la tyrannie de leur mère, avant d’être jetées dans les bras d’un jeune diplômé qui se dépêchera de leur faire un enfant… Quant aux parents, ils sont curieux sans trop le dire de mesurer la vie qu’ils ont manquée quand ils étaient jeunes…
Pour les Chinois, le voyage en France n’est donc pas seulement un épisode touristique, mais, pour quelques jours, une sorte de rêve éveillé dans une société plus libre… Bienvenue aux rêveurs venus du bout du monde !

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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