Ça ruisselle pas

Le Canard enchaîné – 26/09/2018 – Jean-Luc Porquet –
C’est bien simple : quand on baisse les impôts des riches, leurs poches se mettent à déborder tellement que le fric ruisselle jusque sur les pauvres. Les quels n’ont plus qu’à dire merci (la bouche pleine vu qu’ils ne connaissent pas les bonnes manières). La « théorie du ruissellement » (en anglais, trickle-down effet) est parfaite. grâce à elle, les riches peuvent enfin clamer qu’ils  s’enrichissent par pur altruisme, et les pauvres n’ont plus qu’à rester bouche bée.
Cette théorie date de 1932 : comme le relève Arnaud Parienty dans un petit livre très documenté (1), c’est l’humoriste américain Will Rogers qui a le premier utilisé l’expression, pour se moquer des baisses d’impôts des riches décidées alors. En 1981, le directeur du budget de Ronald Reagan la reprend, très sérieusement, affirmant qu’un fois réduits les impôts des tranches supérieures et des plus grandes entreprises, on verra les « bons effets ruisseler à travers l’économie pour atteindre tout le monde« .
En décembre 2017, Trump relance la machine à ruisseler. Il réduit drastiquement la taxation des entreprises et des hauts revenus. A la même époque, Macron en fait autant : il supprime l’ISF et baisse fortement l’imposition des revenus du capital. La très fortunée Muriel Pénicaud, ministre du travail, admet alors que cette réforme va lui laisser dans la poche pas moins de 49 000 euros par an, somme qu’elle promet d' »investir dans des entreprises« . Ça va ruisseler sévère !

Le plus drôle, dans l’histoire, c’est que, tout en pratiquant une politique qui y ressemble fortement, Macron et Le Maire, et la Macronie réunie, clament à tous vents qu’ils ne croient pas une seconde à cette histoire de ruissellement. Il faut dire que cette théorie n’a aucun fondement théorique, qu’aucun économiste n’a réussi a démontrer sa validité et qu’elle a mauvaise presse. Mais ils ne cessent, au fond, de dire la même chose : les baisses d’impôts des plus riches permettront de « stimuler la prise de risques et d’innovations« , affirme Edouard Philippe. Et Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, d’en rajouter sur tout cet argent que les entreprises vont investir « pour nos emplois« …
Morale de l’histoire ? quand ça les arrange, nos politiques aiment user d’arguments qui semblent relever du pur et simple bon sens. Mais, comme le remarque Arnaud Parienty, si la théorie du ruissellement est juste, alors pourquoi ne pas procéder dans l’autre sens ? « Alors, l’argent donné aux pauvres finira dans la poche des riches, puisqu’il est dépensé pour acheter les biens et les services produits dans les entreprises dont les plus favorisés sont les actionnaires et les dirigeants ». Damnation ! Les 4 milliards du plan Pauvreté annoncé par Macron iront finalement atterrir dans la poche des riches !

A propos werdna01

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