Société : Derniers instants, grands moments

Ouest-France 10/10/2018 François Vercelletto.

La journée mondiale des soins palliatifs aura lieu ce vendredi 12 octobre. Comment peut-on accompagner au mieux une personne parvenue au terme de son existence ? 
Faut-il abréger, à sa demande, la vie d’une personne qui se sait condamnée à brève échéance ? Ou bien faut-il recourir à tous les moyens possibles pour retarder au maximum cette issue fatale ? Ainsi posée, l’alternative paraît simple, sinon simpliste. La réalité est éminemment plus complexe.

Les soins palliatifs vont encore plus loin. En accompagnant la personne jusqu’au bout, ils prennent le temps de la respecter dans toutes ses dimensions. | PHOTO D’ILLUSTRATION/SRISAKORN-STOCK.ADOBE.COM
S’opposent, d’un côté, les partisans de l’euthanasie qui prônent « le droit de mourir dans la dignité » et, de l’autre, les défenseurs de la vie « à tout prix ». Entre ces deux positions, il existe une troisième voie : les soins palliatifs. Méconnus du grand public et insuffisamment développés de l’avis unanime des spécialistes du sujet.
Une discipline qui s’applique aux malades en fin de vie, sans oublier leur entourage, dans le but de soulager leurs souffrances physiques et morales. Un art délicat, tout en finesse, entre le « trop » et le « trop peu ». Ces soins s’emploient à éviter un double écueil : l’acharnement thérapeutique et la mort sur ordonnance.
Une façon exigeante de dépasser deux questions. Pourquoi ajouter encore des souffrances ou prescrire des examens inutiles à une personne dont l’espérance de vie se compte en semaines, sinon en jours ? Pourquoi écourter brutalement ces moments privilégiés à bien des égards quand la mort s’approche à grands pas ?
Les soins palliatifs vont encore plus loin. En accompagnant la personne jusqu’au bout, ils prennent le temps de la respecter dans toutes ses dimensions. Il s’agit de « prendre soin » du malade au plan physique, psychologique, social et même spirituel (1).
Envisager l’après
Cette prise en charge globale du patient requiert des compétences multiples, complémentaires, et s’inscrit dans un travail en équipe. De l’agent de service au médecin-chef, de l’ouvrier d’entretien au directeur de l’unité, tous les intervenants – aide-soignant, infirmière, psychologue, psychomotricien, ostéopathe, kiné – mais aussi esthéticienne, prof de sport, art-thérapeute, visiteurs bénévoles… travaillent main dans la main en s’adaptant aux ultimes désirs et besoins du malade. Autre logique. Renversement de perspective qui change tout.
D’où des situations inattendues dans un cadre médical. Un lit sur une terrasse, une dernière sortie au bord de mer, un bon verre de vin rouge… Autre exemple, vécu à la clinique Sainte-Élisabeth, à Marseille, où nous avons passé plusieurs jours : le médecin-chef se met au piano, des chants s’élèvent, un malade sourit, une famille sèche ses larmes…
La fin de vie est aussi un temps suspendu où chaque seconde, devenue essentielle, ne laisse plus de place aux faux-semblants. Ces derniers instants deviennent alors une suite de grands moments au cours desquels l’un va reparler à un enfant qu’il n’avait plus vu depuis vingt ans, un couple va se marier, un ancien SDF va retrouver le plaisir d’un lit propre. Un temps, aussi, pour pardonner et se pardonner, pour (re)trouver la paix, pour envisager l’après plus sereinement.
Bien sûr, dans ces unités de soins palliatifs, l’angoisse et la souffrance rôdent en permanence, mais la vie – et quelle vie ! – s’y glisse aussi avec profusion dans les moindres interstices. Chacun est ici digne de respect, et respecté dans sa dignité. Parce que, jusqu’au bout, toute vie mérite d’être vécue. Et que son terme en fait partie, alors que notre société pressée ne nous laisse même plus le temps de bien mourir. Pourtant, parole d’un bon vivant nommé Jean d’Ormesson : « La vie est belle parce que nous mourrons. »
(1) Lire à ce sujet: L’accompagnement spirituel de la personne en soins palliatifs, François Buet, Nouvelle Cité.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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