Les autoroutes privatisées ont totalement récupéré leur mise

Le Canard enchaîné – 11/10/2018 – Hervé Martin –
En plein débat sur la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), Bruno Le Maire ministre des Finances jure que les intérêts de l’État vont être scrupuleusement respectés. Le chiffre va donc faire réfléchir : douze ans après la privatisation des autoroutes, les sociétés concessionnaires ont récupéré en dividendes plus d’argent qu’elles n’en avaient versé à l’État en 2006 : 14,9 milliards contre 14,8.
Autrement dit, si l’État n’avait pas privatisé, il aurait aujourd’hui amassé en dividendes la même somme que celle perçue grâce à la privatisation. A ceci près que par la suite, il aurait continué de percevoir les dividendes qui vont désormais lui échapper pendant des décennies : les concessions courent jusqu’aux alentours de 2035 (et même 2079 pour le viaduc de Millau) !

Dividendes fastueux
Les résultats publiés par les concessionnaires le prouvent : les groupes, de 2006 à 2016, se sont versés 19 milliards de dividendes. Selon les indications recueillies par « Le Canard », l’année 2017, elle, s’est terminée avec un dividende d’environ 1,7 milliards (le chiffre officiel sera communiqué à la mi-novembre par l’Arafer, l’autorité de régulation des autoroutes). Total : 20,7 milliards. Les autoroutes privatisées en 2006 représentant 72 % du réseau, les dividendes correspondants atteignent 14,9 milliards. Plusieurs bonnes fées, visiblement, se sont penchées sur ces braves bétonneurs.
D’abord le prix de vente. S’appuyant sur le rapport très critique de la Cour des comptes (juillet 2013), les opposants estimaient à l’époque que le bon prix était sans doute supérieur d’une dizaine de milliards.
Vinci  à la barre
Ensuite, un calcul très large des augmentation des péages. Thierry Breton, alors ministre des Finances, l’avait certifié – comme Le Maire aujourd’hui pour ADP : « L’État va contrôler de très près l’augmentation des péages. » Raté : « les hausse observées sont nettement supérieures au plafond » fixé chaque année, de 0,2 à 0,6 point au-dessus de l’inflation, a calculé la Cour.
Troisième vache à lait : les prolongations de concession (trois ans en moyenne), obtenues en contrepartie de 5 milliards de travaux à l’utilité douteuse. Dont « un niveau élevé« , selon l’Arafer, a été attribué par les autoroutiers aux groupes de BTP qui les contrôlent, et à des prix généreusement calculés. Ainsi, l’Arafer a constaté « des écarts de prix importants entre les coût des travaux annoncés par les sociétés d’autoroutes et leur coût réel« .
Quatrième cadeau : le Parlement a autorisé les sociétés d’autoroutes à continuer (privilège seulement partagé avec les producteurs de champagne!) de déduire de leur bénéfice imposable les intérêts de leurs emprunts. « Un avantage fiscal qui s’élève à 430 millions d’euros par an« , estimait l’Autorité de la concurrence dans un rapport publié le 17 septembre 2014.
Dernier don du ciel : depuis 2006, les taux d’intérêt ont fortement baissé. Les concessionnaires, qui ont surtout financé leurs opérations via des prêts, ont emprunté à environ 5 %. Depuis, ils n’ont pas cessé de renégocier ces emprunts à la baisse, pour suivre la chute des taux. Le coût moyen de leur dette est tombé à 3,5 %, indique, en décembre 2017, le rapport annuel de l’Ararfer. Gain évalué : un demi-milliard par an. y a bon pour les dividendes !
Une belle histoire que Vinci, favori de la privatisation d’ADP, a sûrement méditée : à travers trois sociétés (ASF, Cofiroute et Escota), il contrôle la moitié des 9 000 km du réseau autoroutier français.
Lire aussi :  Toujours plus chères, les autoroutes en or massif   (Le Canard enchaîné – 15/02/2017)

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