Japon : l’incroyable tradition des chrysanthèmes géants

Le Figaro Mis à jour le 02/10/2018 Par  Francesca Alongi
INTERVIEW Plus de 400 fleurs sur un même pied ! Appelés ozukuris, ces véritables monuments floraux sont façonnés chaque année à l’occasion de la fête nationale des chrysanthèmes qui a lieu en ce moment. Rencontre avec Kenji Sasakuma, l’un des maîtres de cet art séculaire au Japon.

L’un des trois ozukuris installés dans l’ancien jardin impérial de Tokyo, à l’occasion de la fête nationale des chrysanthèmes. Kenji Sasakuma/JNTO
Kenji Sasakuma est jardinier-paysagiste au Japon. Depuis vingt ans, il confectionne pour le jardin impérial de Tokyo, le Shinjuku Gyoen , des chrysanthèmes géants destinés à fleurir au moment de la fête nationale de cette plante emblématique du pays du Soleil Levant. Le Figaro l’a rencontré récemment à l’issue d’un cycle d’ateliers de taille qu’il est venu tenir en Bretagne au jardin de l’Atelier de Claude Le Maut.
KENJI SASAKUMA – Ozukuri signifie «grande pièce». Il s’agit d’un énorme plant de chrysanthèmes pouvant atteindre 4 mètres de largeur pour 2,50 m de hauteur. C’est un pied unique, choisi pour sa résistance, que nous façonnons en l’attachant à des structures métalliques et en le taillant avec un sécateur pour que ses fleurs soient parfaitement alignées. C’est une opération très fine, très précise, car il faut que les toutes les fleurs aient la même taille et s’ouvrent en même temps. L’an passé nous en avons compté 409 sur un seul plant. C’était magique!
Quel est votre secret?
C’est l’expérience! Il faut bien choisir. Par exemple, je sais que les bourgeons d’une branche plus vigoureuse vont s’ouvrir plus vite que ceux qui poussent sur une branche fine. Et pour arriver jusqu’au sommet, nous construisons un échafaudage en bambou haut de plus de trois mètres tout autour de la plante.
Où peut-on admirer vos créations?
Au Japon. Les trois ozukuris que nous préparons, chaque année, entre octobre et novembre, sont exposés au Shinjuku Gyoen, l’ancien jardin impérial de Tokyo, qui est maintenant ouvert au public. Ils se trouvent le long du chemin de promenade qui longe le jardin japonais (car il y a aussi un jardin à la française dans ce parc!). L’an dernier, à l’occasion d’un partenariat avec le domaine du Château de Versailles, nous avons amené ici, par avion, deux grands chrysanthèmes que nous avons façonnés sur place.

En France, on connaît surtout la fête des cerisiers en fleurs que les Japonais célèbrent au printemps, mais beaucoup moins celle des chrysanthèmes. Quelle est sa signification?
C’est une fête nationale importante car le chrysanthème est l’emblème de la famille impériale du Japon. C’est même celui de la nation. Regardez: mon passeport porte le dessin d’un chrysanthème stylisé. Quand elles ont été introduites au Japon, ces fleurs furent réservées à la cour car on leur attribuait des vertus d’élixir de longue vie. Les deux fêtes marquent les changements de saison: la floraison des cerisiers annonce le printemps tandis que les chrysanthèmes fleurissent grâce à l’allongement de la nuit.
Savez-vous qu’en France, la tradition consiste à déposer des chrysanthèmes dans les cimetières au moment de la Toussaint?
Oui, on en a beaucoup parlé avec les jardiniers de Versailles l’an passé. Il arrive également aux Japonais d’amener au temple un petit bouquet de cinq ou six petits chrysanthèmes blancs, aux tiges très longues, qu’ils déposent en offrande dans de hauts vases, pour honorer leurs ancêtres. Mais ils choisissent des fleurs simples, sobres, un peu comme des marguerites.

Qu’est ce que cette fleur vous évoque?
La tranquillité, le silence.

Pourquoi ?
Les ozukuris ne bougent pas. Nous installons derrière eux une palissade de bambou qui empêche le vent de passer, car les chrysanthèmes détestent les courants d’air. En général, dans les jardins japonais que j’aménage, je taille les arbres, comme ce frêne japonais (Fraxinus japonica) pour qu’ils «montrent» le vent en bougeant le bout de leurs tiges au moindre mouvement d’air. Comme il fait très chaud l’été au Japon, on a ainsi l’impression que l’air passe même s’il n’y a quasiment pas de vent. Avec les chrysanthèmes géants, c’est l’inverse. Vous imaginez ce que cela donnerait si cette grande pièce bougeait?
Interprète: Yoko Mizuma, doctorante à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles .

Chrysanthèmes géants Ozukuri de Shinjuku Gyo du Palais Impérial exposées au Grand Trianon, le 30 octobre 2014, Versailles, France./Gamma-Rapho via Getty Images)

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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