Vive la bagnole, hips, autonome !

Le Canard enchaîné – 18/10/2018 – Jean-Luc Porquet –

Par centaines, les badauds se pressent autour. « Qu’elle est belle ! » On dirait la voiture de Batman. La Renault EZ-Ultimo est la star du mondial de la bagnole. Elle est autonome. Elle n’a même pas de volant. Elle se conduit toute seule. Un badaud se marre : « Tu peux rentrer chez toi complètement bourré ! » Du coup, on comprend tout. Pourquoi avoir une voiture autonome et connectée de partout qui vous trimballe comme un colis ? Pour pouvoir rentrer chez soi bourré. Normal que la France veuille montrer l’exemple au monde entier !
Les voitures haut de gamme récentes (ici une Tesla) intègrent de plus en plus d\'options qui les rendent déjà semi-autonomes sur certaines fonctions. - Vadim Ghirda/AP/SIPA
Les voitures haut de gamme récentes (ici une Tesla) intègrent de plus en plus d’options qui les rendent déjà semi-autonomes sur certaines fonctions. – Vadim Ghirda/AP/SIPA
Dès 2020, a décidé le gouvernement, nos routes accueilleront les premières voitures autonomes (« Les Echos« , 14/5). Or, qui dit « voiture autonome  » dit voiture électrique. Et, la voiture électrique, les médias ne cessent de nous le seriner, nous allons tous y passer. La preuve, c’est que ces jours-ci, EDF s’offre de pleines pages de pub pour clamer son ambition d’en devenir le « fournisseur officiel« . D’ici cinq ans, notre géant national aura installé sur le territoire quelque 75 000 bornes de recharge, de quoi alimenter cinq fois plus de bagnoles électriques qu’il n’y en a aujourd’hui. 
Avec seulement 1,2 % du parc automobile, la voiture électrique ne séduit guère le populo.  Alors qu’elle est é-co-lo-gique ! Elle ne dégage pas un gramme de CO2 § Aucune particule fine § Certes, les grincheux vous dirons qu’avant même d’avoir parcouru son premier kilomètre une voiture électrique a déjà dégagé une montagne de CO2, vu que la fabrication de sa batterie  (qui pèse dans les 600 kilos) nécessite en moyenne 400 kilos de nickel, mais aussi 15 kilos de cobalt, 5 kilos de lithium et quantité d’autres métaux rares dont l’extraction, le raffinage, la transformation et l’acheminement sont affreusement voraces en eau et en énergie (1). 
Même Carlos Tavarez, le patron de PSA, a rechigné à prendre le tournant électrique que, dit-il, « les autorités [leur] ordonnent » de prendre : « Je ne voudrais pas que, dans trente ans, on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que ça en a l’air, sur le recyclages des batteries, l’utilisation des matières rares de la planète, les émissions électromagnétiques de la batterie en situation de recharge » (« Le Parisien », 24/9/17).
Alors, pourquoi cet emballement ? A cause du nucléaire. Pour recharger 1 million de voitures, il faut, estime-t-on, faire tourner un ou deux réacteurs nucléaires. On comprend l’enthousiasme d’EDF.
Pour maintenir coûte que coûte son parc au niveau actuel, EDF cherche à « faire augmenter le plus rapidement possible la consommation française d’électricité, stagnante depuis plusieurs années, de telle sorte que la part du nucléaire redescende « naturellement » à50 % du total vers 2030, rendant inutile toute fermeture de centrale« , analysent l’ingénieur Benjamin Dessus et le physicien nucléaire Bernard Laponche dans une tribune intitulée « Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat ! » (Alternatives économiques, 3/10). 
C’est la voiture électrique qui va sauver le nucléaire…
(1) Métaux rares, la nouvelle dépendance    L’âge de faire – mai 2018 –

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