Tous en sel

Le Canard enchaîné – 10/10/2018 – Conflit de Canard –
Voilà un constat qui va donner du sel à moudre au rapport que vient de rendre la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle. Le mois dernier, l’agence Santé publique France a publié, comme tous les deux ans, le bulletin de santé des Français. Plusieurs centaines de volontaires de 6 à 74 ans sont pesés, mesurés, auscultés, questionnés et soumis à une batterie d’analyses. Parmi les objectifs de cette étude baptisée « Esteban » : évaluer le risque de maladie en fonction du patrimoine génétique, de l’activité physique, du niveau d’exposition aux polluants mais aussi à la malbouffe.
Le sel est devenu indispensable aux yeux des industriels de l'agroalimentaire

Une lecture attentive d’un document de 193 pages révèle que les pouvoirs publics se sont fait rouler dans la farine par l’industrie agroalimentaire. Il y a seize ans, les autorités sanitaires avaient enjoint aux industriels de diminuer de 20 % la quantité de sel dans les produits transformés, une « overdose » responsable, chaque année en France, de 75 000  accidents cardio-vasculaires et de 25 000 morts. Et tous ou presque avaient juré de respecter la consigne en y allant mollo sur la salière. Sauf que la quantité moyenne de sodium n’a pas diminué, elle a même augmenté !
On découvre ainsi que chez les adultes, la consommation moyenne a grimpé en dix ans, de 7,6 grammes par jour à 8,1,grammes. Désormais, 16,3 % des hommes avalent leurs 123 grammes quotidiens, le double de ce que recommande l’Organisation mondiale de la santé. La proportion de gros consommateurs ayant fait un bonde de 32 % ces dix dernière années. Chez les femmes, nettement moins accros au sel que les hommes, puisque 9 % d’entre elles ingurgitent au moins 10 grammes de chlorure de sodium par jour, la part des grosses consommatrices a tout de même enflé de plus de 107 % ! Autant dire que l’échec est cuisant.
« Au lieu de réglementer la teneur en sel des aliments industriels comme le recommande la commission d’enquête parlementaire, les gouvernements successifs se sont illusionnés en imaginant que l’agroalimentaire allait suivre docilement leurs recommandations ! » s’indigne un nutritionniste. C’était sans compter ce que rapporte l’ajout de sel, lequel permet de lester en flotte les produits vendus au poids et stimule l’appétit. Si les industriels français respectaient la limite de chlorure de sodium fixée par l’OMS, il leur en coûterait chaque année 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en moins. Sel, mon amour !

A propos werdna01

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