Brésil : Jair Bolsonaro élu président / Un pas de plus vers l’inimaginable

(AP Photo/Eraldo Peres)

Promettant de « changer le destin du Brésil », le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro a été élu président haut la main dimanche 28 octobre, avec 55,13 % des voix, contre 44,87 % pour son adversaire de gauche Fernando Haddad. « Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche », a affirmé ce chantre de la dictature militaire (1964-1985) dans son premier discours, retransmis en direct sur Facebook.
Cet ex-capitaine de l’armée de 63 ans prendra les rênes du plus grand pays d’Amérique latine en janvier 2019, grâce aux suffrages de plus de 57 millions d’électeurs. Dans son discours après l’annonce des résultats, son adversaire Fernando Haddad n’a pas félicité le vainqueur et a demandé que ses « 45 millions d’électeurs soient respectés ». Les messages de félicitations adressés à Jair Bolsonaro sont rapidement venus de toute l’Amérique latine, principalement des dirigeants de droite. Le président américain Donald Trump a aussi directement téléphoné au vainqueur
Le Monde 29/10/2018
Bolsonaro, un pas de plus vers l’inimaginable

Le Matinaute 29/10/2018 Arrêt sur image
extrait

L’élection de Trump n’a pas seulement repoussé les frontières de l’inimaginable, elle a aussi fait voler en éclats la cohérence minimale exigible d’un discours politique, en créant au XXIe siècle (après par exemple un certain Sarkozy, il est vrai) la catégorie, aujourd’hui bien élargie, des présidents provocateurs, dont les provocations ont pour fonction de brouiller la réalité de la politique.

De la même manière que Trump peut, dans le même discours, condamner un attentat antisémite et laisser ses partisans siffler Soros, Bolsonaro est ce candidat qui, dans une harangue échevelée d’entre-deux-tours, estime que les « déchets rouges » devront quitter le Brésil, promet à Lula de « pourrir en prison », et en même temps ce président qui, sitôt élu, jure qu’il respectera la constitution.  Ce candidat, qui a mené campagne grâce à la filiale de Facebook Whatsapp et aux financements de riches soutiens industriels (éclairages intéressants ici et ici), est aussi celui dont le logiciel politique s’est arrêté à la dictature militaire. Démocratie ou dictature, le choix n’est pas binaire. Les états intermédiaires sont innombrables. Plus que jamais, il faut s’entrainer à penser toutes les nuances de gris.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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