La fin de la crise en Grèce ? Pour l’Europe peut-être, mais pas pour les grecs

Siné Mensuel – octobre 2018 – Yannis Youlontas –
La fin de la crise en Grèce ? Pas pour les Grecs, durement touchés – et pour longtemps – par les mesures imposées.
On raconte partout en Europe que la crise grecque est terminée. C’est faire peu de cas de ce que vit au quotidien la majorité des Grecs ! A deux pas des zones touristiques d’Athènes, la misère s’étale sur les trottoirs et dans des bidonvilles. Maria vit depuis trois ans dans une cabane à côté d’Odos Pireos, l’une des avenues les plus pauvres de la ville : « Dire que la crise est finie, c’est insulter ceux qui ont tout perdu ! C’est n’importe quoi ! Oui c’est  rai, certains ont retrouvé du travail, mais pour un salaire minuscule, sans assurance-maladie ni retraite, sans savoir s’ils auront encore du boulot la semaine d’après ! C’est çà la fin de la crise ?
Après huit ans d’austérité, le modèle économique est très dur pour les plus pauvres mais aussi pour les classes moyennes : les salaires et les retraites ont chuté de moitié, les services sociaux et médicaux ont fondu comme neige au soleil, et on s’arrache désormais n’importe quel petit job pour survivre. « Les riches ont eu ce qu’ils ont voulu« , reprend Manolis, en train de trier des débris métalliques pour les revendre au poids. « Ils se sont servis de la dette pour tout casser : nos vies, nos droits et même la nature qu’ils saccagent. Ils font ce qu’ils veulent ! » En effet, plusieurs zones de montagne protégées ont été vendues et exploitées par des multinationales. Le plus impressionnant est sans doute le cas de haute plaine magnifique de Kastelli, en Crète, près d’Hérakilon, qui s’apprête à être rasée durant les semaines à venir pour faire place à un nouvel aéroport international. Plus de 200 000 oliviers sont sur le point d’être coupés, mais la colère gronde. « Non, ça ne se fera pas », rétorque Giorgis, un berger vêtu de noir qui participe au collectif des opposants. « Dès qu’ils toucheront au premier arbre, la photo fera le tour de la Crète et même de la Grèce, et beaucoup viendront s’interposer. »
Vraiment ? L’heure est-elle à la résistance en Grèce ? Oui et non. Oui, parce que les luttes locales continuent et s’intensifient dans beaucoup de villes et de campagnes, par exemple contre la privatisation de l’eau, les expulsions et les ventes aux enchères des logements de familles surendettées, ou encore pour l’entraide avec les migrants et les Grecs les plus pauvres. Non, parce que rien de global ne se dessine encore, ni dans les urnes, ni dans la rue. Les prochaines élections auront lieu au printemps prochain. Divisée, l’ancienne aile gauche de Syriza n’est pas capable pour l’instant d’atteindre le seuil de 3 % nécessaire pour entrer dans le nouveau Parlement. Pour l’instant, la droite est en tête dans les sondages, devant Syriza (entre 5 et 12 points derrière) et, beaucoup plus loin, tous les autres partis.
Pourquoi ? Parce que plus de 50 % des Grecs refusent obstinément de répondre aux sondages ou annoncent déjà qu’ils vont s’abstenir. L’abstention avait déjà grimpé lors des dernières élections et le phénomène va en s’amplifiant. « On ne nous aura plus comme ça« , s’esclaffe Manolis avec un soutire édenté et des gouttes de sueur plein le front. « Un jour, on les jettera tous à la mer et on pourra enfin prendre nos affaires en main ! J’en frémis de joie rien que d’y penser ! Oui, tu verras, la révolution viendra !« 

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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