Gentil coquelicot nouveau

Le Canard enchaîné – 31/10/2018 – Jean-Luc Porquet –
« Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non. » On aura reconnu les mots de Nicolas Hulot donnant, début septembre, les raisons de sa démission et dosant son impuissance face à l’influence des « lobbys dans les cercles du pouvoir. »

Jamais peut-être Hulot n’a été aussi utile qu’en pliant ainsi bagage. Désormais, chacun s’en rend compte : pour Macron et son gouvernement, l’écologie, c’est avant tout de la com’ de l’image, du slogan. « Make our planet greay again« , et basta ! En comparaison, certains élus locaux ont ceci d’étonnant qu’ils passent aux actes. Ainsi la ville de Montrouge vient de bannir le plastique de ses cantines. Idem pour Mennecy. De son côté, Gennevilliers vient de décréter le « zéro pesticide » dans ses espaces verts… Fin septembre, 13 villes se sont engager à restreindre, puis à éliminer les produits phytosanitaires contenant des perturbateurs endocriniens.
Timides débuts ? Engagements trop limités ? Sans doute (1). Mais cela ne peut pas être pire que l’engagement pris en 2007, lors du Grenelle de l’environnement : le gouvernement Sarkozy avait alors promis de réduire de moitié l’usage des pesticides en dix ans. Bilan : la consommation française a augmenté de 20 %…
On le sait : selon une récente et solide étude française (menée pendant sept ans sur 69 000 personnes), manger régulièrement bio réduit de 25 % Les risques de cancer. Comme le rappelle Stéphane Foucart (« Le Monde », 28/10), cette étude n’est pas la première à aller dans ce sens, et nous sommes désormais devant « un faisceau d’indices concordants » indiquant que les pesticides ne tuent pas que les insectes…
Lancé récemment par Fabrice Nicolino de Charlie Hebdo, qui invite à des rassemblements mensuels devant les mairies (le prochain ce vendredi 2 novembre), l’appel de coquelicots tombe à pic : « Les pesticides sont une tragédie pour la santé. ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance (…). Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France. »
Utopique ? Hors-sol ? Jamais les agriculteurs  ne pourrons se passer des pesticides et se convertir massivement au bio ? Déjà, en 1966, dans « Les coquelicots sont revenus », Michel Ragon montrait que, loin d’améliorer la condition paysanne moderne, les pesticides participaient d’un nouveau servage qui les soumettait aux banques, aux bureaucraties et, à travers elles, aux grands trusts alimentaires. S’en passer n’est peut-être pas aussi impensable que beaucoup le disent…
(1) A lire, malgré son optimisme un rien forcé : « Ces maires qui changent tout »,
par Mathieu Rivat, Actes Sud 2017 – 21 € 80.
Lire aussi : Stop aux pesticides, nous voulons les coquelicots : l’Appel de Fabrice Nicolino (25/07/2018)

pour signer la pétition –>  Nous voulons des coquelicots

A propos werdna01

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