Muriel Pénicaud déforme la formation profesionnelle

Siné Mensuel – novembre 2018 – Kate Entriger –
La formation professionnelle ne cesse de se vider de sa substance.  En supprimant les droits à la formation cumulables en heures et en les remplaçant par des droits ouverts en euros, Muriel Pénicaud appauvrit considérablement ce droit essentiel à se former tout au long de sa vie.
Je sais que ça existe, j’y ait droit, mais je ne sais pas comment y accéder. Et les ressources humaines sont incapables de me renseigner.  « Marie, 29 ans, est employée par une grosse entreprise. Le compte personnel de formation (CPF) , elle en a entendu parler mais elle se heurte à la méconnaissance du dispositif Frédéric, développeur de 40 ans nous donne la réponse la plus commune quand on lui demande : « As-tu activé ton CPF (1) ? » « Non, c’est quoi ? » un droit à la formation que possèdent tous les actifs dès 16 ans et qui est en train de passer à la moulinette de la Macronie, sans grand bruit.
Depuis la mise en place du CPF en 2015, chaque salarié cumule 24 heures de formation par année travaillée, jusqu’à atteindre un plafond de 150 heures. Ceux qui n’étaient pas au courant découvrent, des étoiles dans les yeux, que la formation de leurs rêves n’est pas hors d’atteinte.
Puis ils ont vent de la loi pour « la liberté de choisir son avenir professionnel », passée en septembre, et c’est la douche froide. Alors qu’une heure de PCF vaut en moyenne 40 euros, elle devrait tomber à 14,28 euros, à confirmer par décret courant novembre. Ça s’annonçait pourtant plutôt bien, les partenaires sociaux s’étant mis d’accord pour monter à 35 heures par an et à 55 pour les moins diplômés. C’était compter sans Muriel Pénicaud, ministre du Travail, qui a choisi de monétiser la chose. Au lieu de 35 et 55 heures, les actifs auront droit à 500 et 800 euros. Même pas de quoi financer un bilan de compétences qui dure vingt-quatre heures mais coûte entre 1 200 et 3 000 euros. Un « big bang » selon la ministre censé rendre le dispositif moins complexe et moins inégal. En cause, le manque d’information, qui avantage les individus les plus autonomes. Sur les 29,6 millions d’actifs,seuls 5,3 millions ont activé leur CPF.
Se faire financer une formation de base comme le permis de conduire demande une certaine dose de patience. Contacter l’organisme paritaire collecteur agréé (Opca) chez lequel cotise votre entreprise, leur demander le montant maximal de la prise en charge, contacter des auto-écoles pour avoir  des devis, créer son dossier sur le site du CPF, l’imprimer, imprimer celui de l’Opca, renvoyer le tout à ce dernier et attendre le feu vert. Mais au final, on pouvait utiliser vingt de nos heures pour financer un permis à 1 200 euros. Avec le CPF nouvelle formule, supposément plus simple, il faudra attendre deux ans et demi au lieu d’une année.
Certes, le système doit être amélioré. Entre les organismes qui en profitent pour gonfler les prix et les formations qui vous promettent monts et merveilles, qui coûtent un bras et qui vous envoient directement vers la case Pôle emploi, il y a de quoi faire. Le tout sera dorénavant chapeauté par une agence, France Compétences, qui sera chargée de dire quelle formation est bonne et laquelle ne l’est pas. Selon quels critères ? Il faudra qu’elle « concoure au développement des compétences […] à condition de déboucher sur une certification ». Des résultats ! Exit la formation pour son épanouissement personnel.

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