Réminiscence – Les Gilets jaunes et le syndrome de 1995

L’Opinion 18/11/2018 Nicolas Beytout
Edito – Après avoir essayé la calinothérapie à la veille des manifestations, avec la brassée de mesures prises en urgence par Edouard Philippe, le gouvernement semble avoir désormais opté pour une stratégie de durcissement face aux Gilets jaunes. Probablement l’Elysée et Matignon ont-ils jugé que la mobilisation du week-end avait été moins impressionnante que redouté. Probablement font-ils le pari que, désorganisé, le mouvement va s’effilocher.
Peut-être ont-ils raison : après tout, même si les points de blocages ont été plus nombreux que prévu, les manifestants ne se sont pas comptés par millions. Mais les slogans griffonnés sur les gilets le disent clairement : c’est Emmanuel Macron qui est directement visé. Et les plus récents sondages confirment cette baisse de popularité, en dépit de son interview réussie sur le porte-avions Charles de Gaulle. Le chef de l’Etat aurait donc tort de négliger ces signaux qui, s’ils ne déclenchent pas aujourd’hui d’alerte rouge, peuvent très bien prospérer à basse intensité et nourrir, des mois et des années durant, le ressentiment. Jusqu’à compliquer, voire entraver systématiquement son action.
Lors des grandes manifestations de 1995, les Français, bien que conscients des enjeux de la réforme des retraites, avaient fini par soutenir massivement les grévistes de la SNCF. Peu importaient les blocages, une certitude s’était installée : le peuple faisait grève par procuration. Jacques Chirac avait lâché, son septennat ne s’en est jamais remis. C’est le risque que court aujourd’hui la majorité : céder, c’est fragiliser tout le quinquennat. Mais les Français, qui savent l’urgence écologique, sont une immense majorité à endosser leur gilet jaune par procuration. Ils sont exaspérés par le ras-le-bol fiscal et la rupture Paris-province. Emmanuel Macron sait donc où on l’attend.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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