Éloge du doute

Plantes et Santé décembre 2017 – Agnès Rogelet –
Oui, nous avons le droit de douter ! Cela peut d’ailleurs être une force. Laisser place à l’incertitude permet en effet de s’interroge, d’affiner ses jugements ou de se découvrir des capacités d’empathie. Et si nous abandonnions les mauvaises raisons qui nous interdisent de profiter pleinement de cette source de sagesse ?
Pour aller de l’avant, il est parfois bon de s’arrêter. C’est le moment suspendu qu’offre le doute. Ce temps de déséquilibre inconfortable nous renvoie à nos fébrilités. Mais cet état d’insécurité nous rappelle aussi que nous ne sommes pas de machines programmées pour avoir réponse à tout ! Au fil de notre existence, les hésitations nous font grandir (à condition, bien sûr, de ne pas refléter une profonde déprime). Elles font voler en éclat nos préjugés, invitant à donner du sens à nos actes, à partager des confidences ou des idées. D’ailleurs, la science elle-même progresse toujours à coup de remises en question. Pourquoi redouter doute ?Menons l’enquête : recherchons les émotions qui nous font fuir cet état d’embarras, de perplexité ou de tâtonnement qui embrume un peu les méninges.
Assouplir son esprit
S’habituer à cette sensation un peu brouillonne peut être un atout dans une époque qui valorise la flexibilité. Nous devons sans cesse nous adapter à la nouveauté rapidement et, si possible, renoncer à nos désirs profonds. Tâchons donc de ressembler à ces galets lisses et doux à force d’être polis par les flots, plutôt qu’à cette roche rugueuse sur laquelle tout s’accroche. Devenons une personne plus sensible, capable de lâcher un peu ses certitudes dogmatiques pour laisser place au questionnement constructif. Car systématiquement tenir pour vrai ce qu’on pense et perçoit favorise l’auto-jugement et nuit aux nouvelles opportunités et à la créativité. Cela empêche aussi de comprendre l’autre. Or, nous n’avons pas besoin de croire autrui, mais de respecter sa vision du monde.
La dureté et l’exigence envers soi-même empêchent souvent d’avoir accès à ces moments de flottement qui peuvent pourtant ouvrir à de nouvelles perspectives. Parfois, la peur de douter se manifeste par un entêtement inconscient. On refuse d’être dérangé dans ses façons de fonctionner et on reproduit sans cesse les mêmes erreurs. Permettons nous de tirer les leçons e ce qui arrive afin de briser le cercle des répétitions. Sortir des mauvaises passes suppose de se hasarder ses zones d’ombre.
Mais attention à ne pas s’isoler, détaché des autres, dans sont propre espace. Comme ces grands solitaires qui, ne voulant pas être importunés, pensent qu’il vaut mieux que chacun se mêle des ses affaires. En ôtant son voile de méfiance, en s’ouvrant au partage, on accepte que d’autres bousculent notre point de vue bien établi. Ou qu’ils nous tirent de nos cogitations, car à douter seul dans son coin, on en vient à créer des réponses sur-mesure parfois inadaptées. Pour autant, ne soyons pas crédules.
Ouvrir son cœur
Un ego trop faible ou trop fort peut conduire à manque de discernement, ce qui ne permet pas de suspendre son jugement, d’émettre des réserves ou de détecter un mensonge. Or, c’est à cela que sert le doute. Ceux que l’on accuse parfois d’être des donneurs de leçons, « toujours plus savants que les autres », ont tout à gagner à ouvrir leur cœur à d’autres convictions. Nul ne détient la Vérité. Prenons exemple sur les philosophes qui s’interrogent sur l’existence en écoutant les autres !
De nombreuses émotions entravent ce sentiment d’indétermination constructif. Évoquons rapidement la colère qui empêche de se poser, ou le sens du devoir. L’incertitude, il est vrai, nous inconforte, comme de se laisser inspirer dans un groupe, tout en restant soi-même.
Ensuite, après le temps de incertitudes, viendra celui de la décision, prise en accord avec ses propres désirs et valeurs. Cultiver le doute est un défi inhabituel, mais aussi peut mener à une vie plus enrichissante. D’ailleurs tout être humain s’y confronte à travers les éternelles questions qui l’animent : d’où viens-je, où vais-je ?
Petits exercices :
  • Pour cultiver le scepticisme, tentez une journée de vous interroger sur tout et de ne jamais livrer conseils ou opinions.
  • Essayez de penser l’inverse de ce que vous croyez (et si cela était plausible ? )
  • Demandez-vous pourquoi d’autres agissent à l’opposé de vous en étant sûrs, comme vous, d’avoir raison.
  • Imaginez-vous vivre ailleurs ou à une autre époque : penseriez-vous de la même façon ?
  • Remettez en cause vos connaissances
  • Repérez les intentions derrière le message qu’on vous délivre. Comme lorsque vous soupçonnez un mail frauduleux…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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