Une illusion française

Gilets jaunes : qui osera siffler la fin du «toujours plus»?
L’Opinion 19/11/2018 Rémi Godeau
A chaque révolte fiscale sa charge contre l’Etat. Dans son combat contre la TVA, Pierre Poujade dénonce l’«Etat vampire». En 1969, Gérard Nicoud s’attaque à l’«Etat tentaculaire» alors que l’assurance-maladie devient obligatoire pour les indépendants. A l’époque, le taux de prélèvements obligatoires ne dépasse pas 35 % du PIB ; il atteint aujourd’hui 45,3 % ! Et sur YouTube, excédée par la nouvelle fiscalité verte, la passionaria des Gilets jaunes Jacline Mouraud lâche : « Mais qu’est-ce que vous faites du pognon des Français ? » Sa cible : un Etat-providence devenu inefficace et injuste.
La France a atteint un niveau de pression fiscale tel que la légitimité de l’administration à ponctionner encore et encore est remise en cause, dans la violence. Comme le contrat social, le consentement à l’impôt part à vau-l’eau. A vrai dire, le diagnostic a été établi de longue date. On a même oublié qu’à la suite de l’épisode du ras-le-bol fiscal, François Hollande – à l’origine d’un matraquage sans précédent des classes moyennes – expliquait doctement que les Français avaient sans doute le sentiment «de ne pas en avoir pour leur argent»
Voilà le non-dit de la jacquerie en cours. Les gilets jaunes réclament «en même temps» moins d’impôts et plus d’Etat pour ce pays périphérique abandonné du pouvoir central. Après tout, pourquoi se sentiraient-ils gênés par pareille contradiction ? L’opposition leur vend tous les jours fromage et dessert. A droite et à gauche, les extrêmes promettent en bons démagogues de trouver l’argent dans les poches des boucs émissaires, l’Europe, les immigrés, les « riches »… Les Républicains jouent le flou, l’irresponsabilité et le cynisme, au risque d’un discrédit prolongé. Quant au gouvernement, c’est son impasse sur la réduction des dépenses qui l’a jeté dans le piège fiscal. Il est temps de mettre fin au mensonge français du «toujours plus».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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