Forêt française : massacres à la tronçonneuse

Siné Mensuel – novembre 2018 – Blandine  Flipo –

Le 25 octobre, associations et forestiers de l’Office national des forêts ont achevé une grande marche entamée le 17 septembre. Ils dénoncent les coupes franches dans les effectifs comme dans la forêt, devenue une marchandise comme une autre.
Difficile de croire à une quelconque coïncidence : le 2 octobre, alors que la Marche pour la forêt venait à peine de débuter, l’Office national des forêts (ONF) (1) faisait une grande annonce : ses agents ne ferons plus désormais usage de glyphosate. Bravo ! A ceci près que jusqu’ici, l’ONF n’avait jamais reconnu utiliser de pesticides. D’autant que si la direction a communiqué sur le glyphosate, elle n’a en revanche pas dit un mot sur les 1 500 postes qu’elle s’apprête à supprimer (sur 9 000 agents). Information que  les syndicalistes ont découverte durant un séminaire de direction à peu près à la même date… Oh, le bel écran de fumée ! 
Contacté par Siné Mensuel, le directeur adjoint, François Bonnet, ne confirme pas cette suppression d’emplois sans pour autant la nier : « Nous avons 8 millions d’euros de déficit qui contraignent nos moyens et nos effectifs. C’est une réalité. » Coorganisateur de la Marche pour la forêt, le syndicaliste Philippe Canal déplore : « L’Office a déjà perdu un quart de ses effectifs en vingt ans. Leur objectif, c’est de faire disparaître le statut de fonctionnaire. Au lieu d’être en forêt, les agents passent leur temps en opérations commerciales ! » Ce à quoi François Bonnet rétorque : « Il faut que L’État s’occupe de l’avenir de l’ONF.« 
Carte  extraite de l’introduction du Programme national de la forêt et du bois (MAAF – mars 2016).
Soyons honnêtes : si le gouvernement se contrefiche royalement de l’ONF, la forêt  l’intéresse. Et de très près même. Sylvain Angerand, de l’ONG Les amis de la Terre, autre coorganisateur de la Marche pour la forêt, détaille : « En raison de la transition énergétique, il y a une pression exercée par le gouvernement pour les grands projets biomasse du type de la centrale de Gardanne : on brûle du bois pour faire de l’électricité. Pour l’ONF, vu que les petites scieries se sont cassé la gueule, c’est le seul débouché. Pour cela, on va planter des espèces qui poussent vite, virer toute végétation qui pourrait gêner quitte à utiliser des pesticides, et couper presque aussitôt… ça n’a rien de durable ! » Le directeur adjoint de l’ONF s’en défend : « Je m’inscrit en faux sur la gestion industrielle de la forêt publique. Depuis vingt ans, le volume de nos coupes est resté le même. » Chiffres, selon les syndicats, largement sous-évalués…
Philippe canal constate, satisfait  : « Cette marche a le mérite d’ouvrir le débat public. » Et de se féliciter des milliers de marcheurs qui y ont participé jusqu’au grand rassemblement final à Saint-Bonnet-Tronçais, dans l’Allier. Des gens qui marchent pour changer le système ? Voilà un argument qui devrait faire mouche auprès de notre cher gouvernement !
A voir: le film Le Temps des forêts, une enquête sur la sylviculture intensive réalisée par François-Xavier Drouet. Documentaire de 1h43, actuellement en salles.

Symbole aux yeux des urbains d’une nature authentique, la forêt française vit une phase d’industrialisation sans précédent. Mécanisation lourde, monocultures, engrais et pesticides, la gestion forestière suit à vitesse accélérée le modèle agricole intensif. Du Limousin aux Landes, du Morvan aux Vosges, Le Temps des forêts propose un voyage au cœur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives. Forêt vivante ou désert boisé, les choix d’aujourd’hui dessineront le paysage de demain.
(1) L’Office national des forêts est un établissement public français chargé de la gestion des forêts publiques, placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt et du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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