Grève en Grèce : «C’est l’austérité à tous les étages»

Libération – 29/11/2018 – Fabien Perrier –
Si le gouvernement se targue de la relance de la croissance, de nombreux manifestants ont défilé ce mercredi pour revendiquer de meilleures conditions de travail dans un pays encore sous la tutelle de ses créanciers.
Banderole en main, Vassilis Myrsinias défile dans les rues d’Athènes, ce mercredi, à l’appel de la confédération générale des travailleurs du privé (GSEE). Malgré des rangs clairsemés, ce barman de 32 ans en est persuadé : «C’est un début. Il n’y a qu’en manifestant et en revendiquant nos droits que la Grèce tournera le dos à cette politique économique mortifère !» Certes, la fin des programmes d’ajustement structurel a été actée le 20 août. Mais le pays reste sous la tutelle de ses créanciers. Alors Vassilis Myrsinias est catégorique : «Le gouvernement n’a fondamentalement pas changé d’orientation… c’est l’austérité à tous les étages.» Comprendre la poursuite des baisses des dépenses publiques avec en prime une hausse de la fiscalité.
Lors de cette journée de grève générale, les manifestants en veulent pour preuve ce premier budget discuté depuis le 21 novembre au Parlement. Là encore Vassilis Myrsinias n’en démord pas, ce budget n’est qu’une pâle copie de ce qui se fait en Grèce depuis bientôt dix ans : «Le gouvernement, qui se dit de gauche, ne propose aucune amélioration dans les domaines de la santé ou de l’éducation.» Et d’ajouter, sous forme de revendication : «Aujourd’hui le salaire minimum n’est que de 586 euros bruts, il faut le réévaluer à son niveau d’avant la crise, 751 euros. Nous demandons de meilleures conditions de travail, le retour des conventions collectives qui ont été abolies ces dernières années et la fin effective des mesures d’austérité.»    
                                             Des syndicats appellent à une augmentation des salaires, à Athènes, le 28 novembre. © LOUISA GOULIAMAKI Des syndicats appellent à une augmentation des salaires, à Athènes, le 28 novembre.
Pas de nouvelles coupes
Ce mercredi, pendant que les manifestants battaient le pavé, le Premier ministre Aléxis Tsípras est lui face aux députés. A la tribune du Parlement, le chef de file Syriza (la gauche grecque), tente de défendre son bilan et sa loi de finances pour 2019. «L’austérité appartient au passé», dit-il en substance alors que le pays, après huit années de récession, devrait afficher une reprise de 2,5% en 2019. Et c’est justement grâce à cette perspective que le budget, actuellement en débat, devrait afficher une hausse du volet des dépenses… la première depuis une décennie. Après avoir sabré 27 fois dans les retraites depuis 2010, le gouvernement vient d’annoncer ne pas vouloir effectuer de nouvelles coupes… Et ce malgré les exigences du FMI. 
Députée de Syriza et membre de la commission des affaires sociales, Betty Skoufa explique : «La croissance doit bénéficier à la majorité de la société. Et c’est en ce sens que nous avons construit ce budget.» Elle souligne que si, en 2015, lorsque son parti est arrivé à la tête du gouvernement, «les dépenses sociales n’étaient que de 790 millions d’euros, le niveau le plus faible parmi les 28 Etats membres, elles devraient s’élever à quelque 3 milliards d’euros l’année prochaine. Et ce au bénéfice des crèches, des écoles ou encore de la formation professionnelle…» Et d’ajouter : «620 000 retraités verront leurs pensions augmenter alors que 300 000 familles percevront une aide au logement.»
Apparences trompeuses
Ces mesures suffiront-elles à rassurer la population ? «Quand j’ai voté pour Syriza, en 2015, ce parti nous assurait qu’il ne rembourserait pas la dette… Il n’en a rien fait ! Ou encore qu’il mettrait un coup d’arrêt immédiat à l’austérité… Là encore, mensonge…, s’insurge Panayotis Pagoutsos, simple manifestant mais qui appuie ses propos en citant un rapport de l’Organisme international du travail (OIT). Il rappelle que les salariés ont subi «une réduction annuelle de leur revenu de 3,1% en moyenne depuis 2008». Etudiante en journalisme, Marinela Kourkoundouri, 24 ans, partage ce ras-le-bol : «Pendant toute cette décennie, les conditions de travail se sont dégradées, le chômage a augmenté, les salaires ont baissé. Ma mère, retraitée, n’a cessé de voir sa pension diminuer… Comment peut-on trouver ça acceptable ?»
Mais voilà, le gouvernement est dans une situation qui ressemble à une quadrature du cercle. Difficile d’apaiser la colère qui monte lorsque les marges de manœuvre sont faibles. Sur le plan budgétaire, la Grèce reste sous surveillance renforcée de l’Union européenne, chaque décision devant être validée par la Commission européenne. Sans compter le respect d’une série d’engagement, à l’instar de celle qui oblige Athènes à afficher un excédent primaire de son budget (hors service de la dette) de 3,5% jusqu’en 2022. Quant au volet social, les apparences sont en réalité trompeuses. «Certes, le chômage est passé de 26% de la population active à moins de 20% aujourd’hui, mais voilà les créations d’emplois le sont majoritairement à temps partiel», explique le professeur d’économie Savas Robolis, de l’université d’Athènes. Et en matière d’emplois, ses prévisions sont pour le moins inquiétantes. «Le pays ne retrouvera le niveau d’emploi de 2009 qu’en 2040… Et encore, il faudra pour cela que la croissance augmente de 1,5% chaque année», affirme-t-il.

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