Au Puy-en-Velay, la désolation et l’écœurement

 « gilets jaunes » écœurés mais combatifs après l’incendie de la préfecture
Les protestataires se disent « sous le choc » et « dégoûtés » par les dégradations. Le préfet, lui, les accuse de n’avoir « rien empêché ». Le patron de LR, Laurent Wauquiez,x-maire de la ville, qui avait affiché son soutien au mouvement, se fait discret.

Le Monde 04/12/2018
Par Raphaëlle Rérolle Publié aujourd’hui à 05h45

 

 

 

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Mais où diable est passé Laurent Wauquiez ? Dimanche 2 décembre, au lendemain de l’incendie de la préfecture de Haute-Loire lors d’une manifestation de « gilets jaunes », le président (Les Républicains, LR) du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes est presque invisible. Pas de plateaux de télévision, pas d’appel de soutien au préfet et pas même une apparition à la préfecture pour la visite de Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires. A peine a-t-il publié une vidéo sur son compte Twitter afin de condamner les violences, tout en estimant que « la réponse ne doit pas se faire uniquement sur la sécurité ».
Wauquiez était pourtant bien présent au Puy-en-Velay, ville dont il fut le maire entre 2008 et 2016. Samedi, à 17 h 40, il recevait une délégation de « gilets jaunes » dans sa permanence, pendant que les heurts faisaient rage aux abords de la préfecture, gaz lacrymogènes contre pavés et jets d’ammoniaque.
 Le lendemain, dans l’après-midi, les passants l’ont vu se promener en face de la bâtisse incendiée pour bavarder avec ses anciens administrés. Sans gilet jaune, cette fois, contrairement au 24 novembre, date à laquelle il arborait la veste fluorescente par-dessus sa parka rouge.
Impossible, pourtant, de ne pas voir cet édifice situé place du Breuil, en plein centre du Puy-en-Velay. Car la préfecture de Haute-Loire a triste allure, derrière ses façades noircies. Le hall principal d’abord, jonché d’éclats de verre, mais surtout l’aile Est du bâtiment, presque entièrement carbonisée. Dans les pièces ordinairement dédiées au repos du personnel, les peintures sont rongées, les fils électriques dénudés, les menuiseries réduites en cendre et les plafonds tellement abîmés qu’ils menacent de s’effondrer. A première vue, le montant des réparations pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
Samedi 1er, la journée avait pourtant commencé dans le calme. Dès 10 heures du matin, un convoi s’était ébranlé depuis un parking situé aux portes de la ville : 41 tracteurs, des motards, des taxis, des ambulances et des piétons venus de tout le département. Mais les derniers participants n’avaient pas encore quitté leur point de départ que la manifestation a dégénéré. Vers 13 h 30, certains manifestants ont pris d’assaut les grilles de la préfecture pour accéder à la cour. Une fois la clôture enfoncée, ils ont entassé des centaines de pneus devant le perron d’honneur.

Nombreux sont les habitants du Puy-en-Velay à venir constater les dégâts au lendemain de l’incendie de la préfecture, le 2 décembre. MICHEL TAFFIN POUR LE MONDE
Complices des émeutiers
Voyant qu’ils s’apprêtaient à y mettre le feu, Yves Rousset, préfet de Haute-Loire, a donné l’ordre de repousser les contestataires. Une fois refoulés à l’extérieur de l’enceinte, ceux-ci ont brûlé leurs pneus devant la grille, en essayant de la forcer à nouveau. Faute d’y parvenir, ils ont ensuite lancé des projectiles incendiaires sur les fenêtres du bâtiment, à partir de 18 h 30. Les affrontements avec les forces de l’ordre, gendarmes et policiers du département, mais aussi des renforts venus de Lyon, Villeurbanne et Clermont-Ferrand ont fait dix blessés légers parmi les forces de l’ordre et quatre blessés graves parmi les manifestants. Douze personnes ont été interpellées et déférées au parquet.
Qui étaient ces casseurs ? M. Rousset avait reçu une délégation de « gilets jaunes », samedi en tout début d’après-midi. L’atmosphère, souligne un communiqué diffusé par la préfecture, était empreinte « d’une grande qualité d’écoute réciproque ».
Selon le préfet, la quinzaine de personnes qui ont eu la haute main sur les actions violentes sont des éléments extérieurs au mouvement. Mais pour lui, les quelques dizaines de « gilets jaunes » restés devant la préfecture pendant les violences sont complices des émeutiers.
« Ils n’ont rien empêché, a-t-il affirmé dimanche matin, au cours d’une conférence de presse, même quand le camion de pompiers qui venait éteindre l’incendie a été bloqué par des manifestants, alors qu’il y avait des gens à l’intérieur des bâtiments. » Dans un premier temps, le sinistre a été combattu à l’aide d’extincteurs manuels par des pompiers qui se trouvaient dans les locaux.

L’ancien appartement de concierge, utilisé jusqu’alors comme vestiaire pour les agents techniques, le 2 décembre. MICHEL TAFFIN POUR LE MONDE
Guerre des ronds-points
A quelques kilomètres de la préfecture, les « gilets jaunes » qui occupent le rond-point de Blavozy sont amers. Voici quinze jours qu’ils se relaient à ce carrefour situé dans une zone industrielle, y compris la nuit grâce à des tentes de fortune dressées sur le terre-plein. Pacifiques revendiqués, ils s’interdisent de bloquer la circulation « pour ne pas emmerder les gens qui travaillent ».
Tout le contraire des « gilets jaunes » de Lachamp, non loin de là, qui ont barré la RN88 avant d’être délogés par les gendarmes. Ceux-là se sont fait remarquer en dressant une fausse guillotine, sur laquelle est allongé un mannequin, la tête sous le couperet. En dessous, ces mots : « Te guillotiner, c’est notre projet. » Pour eux, une guerre des ronds-points se mène en parallèle du combat des « gilets jaunes ». « Ceux de Lachamp nous traitent de fachos, alors que chez nous, les gens sont de toutes les sensibilités politiques », explique Miguel, un grutier qui dort à Blavozy pour pouvoir continuer de travailler durant la journée.
Dans son camp, les « gilets jaunes » se sont organisés. Sous les bâches, près d’un panneau affichant des « règles de savoir-vivre ensemble », des kilos de provisions sont alignées sur des étagères en bois de palette. Pour ce qui est des commodités, les occupants bénéficient de l’appui des entreprises locales : l’hôtel voisin leur prête ses toilettes, la société Loxam sa photocopieuse et le magasin Kiloutou un groupe électrogène. « S’il y a une chose pour laquelle on remercie Macron, c’est de nous avoir permis de nous rencontrer, constate Miguel. On voudrait presque que ça ne finisse pas ! »
Dimanche, ces « gilets jaunes » se disent pourtant « sous le choc », « dégoûtés » par les dégradations commises sur un monument d’Etat. Pour eux, pas de doute, des casseurs sont venus d’ailleurs, et notamment de la Loire. A les entendre, il y en avait beaucoup plus de quinze : « Ils étaient au moins cinquante en embuscade dans le parking souterrain, près de la préfecture », lance l’un d’entre eux.
« Plus rien à perdre »
S’ils expriment un tel écœurement, c’est qu’ils disent avoir fait leur possible pour lutter contre les dérives de la manifestation. D’abord, ils ont évacué la place du Breuil aussitôt que les choses ont commencé à tourner au vinaigre. Et ce n’est pas leur faute, disent-ils, si certains sont restés. « Il y en a qui sont dans un tel état de ras-le-bol qu’ils n’ont plus rien à perdre, observe Jérôme Batret, agriculteur à Retournac et porte-parole du groupe. Mais, en ce qui nous concerne, nous ne les admettons plus parmi nous, même lorsqu’ils se sont contentés de filmer. »
Surtout, ajoute Jérôme Batret, « dès le départ, nous avons repéré dans le cortège un groupe de sept ou huit personnes qui ne nous plaisaient pas. Nous avons alors averti les forces de l’ordre, et que s’est-il passé ? Rien ! » Pas question pour autant de lâcher le mouvement. Pour samedi 8 décembre, ils réfléchissent juste à une autre façon de montrer leur colère.

Raphaëlle Rérolle (Le Puy-en-Velay, envoyée spéciale)

Laurent Wauquiez justifie son amnésie à propos du gilet jaune qu’il a porté
L’Obs 06/12/2018
Le président des Républicains a soutenu de ne pas avoir porté de « gilet jaune ». Une image diffusée sur les réseaux prouvait pourtant le contraire.
Gilet jaune ou pas gilet jaune? Invité sur Europe 1, Laurent Wauquiez s’est expliqué sur la séquence durant laquelle il portait un gilet jaune au Puy-en-Velay. « Je n’ai jamais enfilé de gilet jaune » avait-il pourtant martelé sur France 2 dans l’émission « les 4 Vérités » le mercredi 5 décembre:
Sauf qu’une image, diffusée sur le site local La Commère 43 , repérée par Libération puis largement partagée sur les réseaux sociaux prouvait très exactement le contraire:
Ce jeudi 6 décembre sur l’antenne d’Europe 1, le président des LR a fini par s’expliquer sur cette contradiction, a admis avoir porté un gilet jaune, et a précisé les conditions dans lesquelles il l’avait porté. Selon lui, il ne l’a porté que « 5 minutes, en signe de soutien au mouvement »:
vidéo Europe 1
@Europe1
.@laurentwauquiez corrige, il a bien porté un #GiletJaune : « Lors d’une rencontre, j’ai échangé pendant 5 minutes avec un groupe qui m’a demandé de le porter. J’ai accepté pour montrer mon soutien » @audrey_crespo @nikosaliagas #europe1
47 08:31 – 6 déc. 2018
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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