Van Gogh, cheval à une oreille, sauvé de la boucherie par Bartabas

Le Lusitanien à robe gris pommelé participe au spectacle de Zingaro, « Ex Anima ».
Le Monde 29/11/2018 Par Rosita Boisseau Publié le 29 novembre 2018

Le cheval Van Gogh. MARION TUBIANA
Son nom a été vite trouvé. Un cheval qui n’a qu’une oreille dans une horde où les plus puissants ont été nommés en référence à des peintres comme Le Caravage, Le Tintoret, Soutine Il s’appellera donc… « Van Gogh », a décidé Bartabas. « On ne sait pas s’il est né comme ça ou s’il a été blessé mais il n’a pas de cicatrice, explique le patron de Zingaro. De toute façon, il était condamné à la boucherie. C’est un ami qui m’a appelé du Portugal pour m’en parler et je l’ai acheté tout de suite. J’aime donner leur chance à des cas perdus, difficiles. Le cheval parfait n’existe pas. »
Lire l’entretien avec Bartabas : « Le cheval joue comme un enfant »

Avec sa seule oreille droite, Van Gogh présente néanmoins une tête nette et forte. Arrivé en 2015 à l’âge d’un an et demi chez Zingaro, il est encore un jeune cheval. « Il était misérable avec une blessure de fil de fer barbelé sur la cuisse, se souvient Bartabas. Mais il va devenir magnifique. C’est un Lusitanien très typé avec une tête busquée. Cette race donnait des chevaux de guerre. Et Van Gogh a une personnalité entière, beaucoup de sang comme on dit. »

Chorégraphie abstraite et envoûtante
Ce profil équin insolite est l’une des trente-neuf vedettes sur la cinquantaine de chevaux abrités par Zingaro, du spectacle Ex Anima, mis en scène en 2017 par Bartabas, de nouveau à l’affiche à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Dans cette chorégraphie abstraite et envoûtante, chargée en tensions comme un rituel dont les codes s’inventent sous nos yeux, Bartabas a pour la première fois en trente-cinq ans de carrière dégagé entièrement l’espace pour les chevaux. Plus aucun voltigeur sur leur dos. Les cavaliers sont humblement réfugiés dans l’ombre et veillent sur la circulation des différents tableaux uniquement interprétés par les animaux.

Lors des répétitions du spectacle du Théâtre équestre Zingaro, « Ex Anima ». MARION TUBIANA
Sur scène, Van Gogh pénètre comme un fantôme dans un nuage de brume. Sa robe gris pommelé se coule dans les fumigènes. Il course ensuite des personnages qui se retrouvent à basculer vite fait, bien fait, derrière le bord de piste pour ne pas se faire bousculer et mordre. « On est dans un jeu avec Van Gogh, commente Bartabas. Lorsque j’achète des chevaux, je n’ai jamais d’idée préconçue de performance. J’essaye de comprendre ce qu’ils ont à nous dire. Ce sont leurs qualités et leurs défauts qui influencent les créations. Van Gogh était un peu agressif au départ et il aime mordiller. J’ai donc eu l’idée de cette scène. Sauf qu’il grandit vite et qu’il faut veiller à ne pas se faire attraper. » Il montre en riant sur son téléphone portable la vidéo d’une représentation où Van Gogh a carrément arraché le costume d’un des écuyers.

Lire la sélection : Danse avec les hommes… et les chevaux
Depuis six mois, Bartabas a commencé à débourrer Van Gogh – lui faire accepter une selle et un cavalier. Il a choisi Emmanuelle Santini pour le monter chaque matin sous sa direction. Séance courte de vingt minutes car Van Gogh ne supporte pas encore de poids trop lourd longtemps sur le dos. « Il ne faut pas l’abîmer pour qu’il grandisse correctement, précise la cavalière. Nous ne travaillons pas dans la contrainte. Pas dans la douleur physique non plus. Tout est très ludique. Il ne faut pas faire d’erreur avec un cheval comme celui-là dont le rapport à l’homme n’a pas été simple. »
Sur le mur, près du bureau d’Emmanuelle, un poster de Van Gogh est épinglé. Il fait partie de la série de photos en noir et blanc façon portrait de stars du studio Harcourt que Bartabas a imaginée pour le programme du spectacle. Van Gogh n’y présente pas son meilleur profil mais regarde droit l’objectif. « On lui donnerait le bon dieu sans confession, non ? s’amuse Emmanuelle Santini. Mais il ne faut pas s’y fier. Il est très intelligent, volontaire, comprend vite. Pas handicapé du tout. »

 

« Ex Anima », l’âme des chevaux sous le chapiteau de Zingaro

Ex Anima, de Bartabas. Théâtre équestre Zingaro, Fort d’Aubervilliers, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Jusqu’au 3 mars 2019. De 21 € à 57 €. Tél. : 01-48-39-54-17.
Rosita Boisseau

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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