Nucléaire : Macron cherche son agenda

La Décroissance – novembre 2018 – Stéphane Lhomme –
Sensation, le gouvernement le plus libéral de la Vème République envisagerait de renationaliser nos chers réacteurs atomiques. Et les dettes abyssales de l’industrie nucléaire nous seront offertes.
La question a été brutalement posée le 15 octobre, sous la forme d’une dépêche de l’agence Reuters, et sans avertissement préalable malgré le choc que cela représente pour les sujets du locataire de l’Élysée : « Macron a-t-il un agenda caché pour le secteur de l’énergie ? » Bigre, un agenda caché ! Je ne sais pas pour vous, mais pour moi je sais très bien ce que c’est : le mien se cache toujours et je passe une bonne partie de ma vie à le chercher.
Cependant, avec Macron il ne s’agit pas de l’objet agenda, mais du projet politique qu’il prépare, sans bien sûr en référer aux citoyens, ce qui est inadmissible, ni à sa majorité parlementaire, ce qui est par contre tout à fait compréhensible puisqu’elle est composée de gentils toutous bien sages.
Reuters précise ses supputations : « Emmanuel Macron a-t-il en tête un vaste projet pour les grands énergéticiens français ? La question alimente en tout cas les conversations des professionnels depuis plusieurs mois, sur fond de réflexion sur l’architecture d’EDF et sur la stratégie d’Engie. » Du point de vue antinucléaire, c’est peut-être une très bonne nouvelle : jusqu’ici en effet, chaque fois que Macron s’occupe d’un dossier, c’est pour laisser derrière lui un champ de ruines, surtout concernant ce qu’on appelle les acquis sociaux.  C’est assurément là que le bât blesse, car le nucléaire n’est pas un acquis social, bien au contraire : c’est une calamité environnementale et économique qui laisse derrière lui des factures incommensurables dont le petit peuple de France et ses enfants devront s’acquitter.
Il n’est donc pas certain que « Manu » détruise l’industrie nucléaire, mais il est vrai que celle-ci s’en charge très bien elle-même : désastres des chantiers EPR de Flamanville, scandale des pièces défectueuses sorties des usines du Creusot, faillite consommée d’Areva et à venir d’EDF, etc.
Mais revenons à nos moutons et autres agendas : « Le plan de Macron consisterait à nationaliser le parc de centrales d’EDF pour le mettre à l’abri des soubresauts du marché et de la concurrence, en créant en parallèle une entité regroupant les actifs de production renouvelable, les réseaux et les services énergétiques ».
Attention, décryptage nécessaire : « Nationaliser le parc des centrales d’EDF pour le mettre à l’abri des soubresauts du marché et de la concurrence » est une façon très polie de dire que les dettes incommensurables d’EDF, et les factures astronomiques à venir (démantèlement, déchets radioactifs), seraient nationalisées, c’est-à-dire « offertes » à nous, le bas peuple, qui se verrait attribuer une mission stratégique : payer et se taire !
Énergie électorale
Par contre, les activités susceptibles d’être rentables seraient confiées aux amis de Macron avec toujours comme idée de dégager de gros bénéfices (et de les mettre bien au chaud) tout en laissant derrière soi de nouvelles factures astronomiques… qu’il faudra de nouveau nationaliser le moment venu : un éternel recommencement !
D’autre part, le pétrolier Total, qui vend aussi désormais de l’électricité, pourrait se voir proposer de reprendre certaines activités de l’entreprise Engie (ex GDF-Suez), laquelle serait éventuellement démantelée, ce qui inquiète probablement nos amis belges puisque Engie est propriétaire de leurs 7 réacteurs nucléaires (dont 6 sont d’ailleurs à l’arrêt au moment où nous écrivons : l’hiver promet d’être sportif outre-Quiévrain !)
Mais attention, ces grandes manœuvres peuvent être contrecarrées, et c’est encore une histoire d’agenda : Reuters signale que : « Monsieur Macron dispose toutefois d’une marge de manœuvre limitée avant les élections européennes de 2019 et les municipales de 2020« .
Eh oui, on aurait tendance à l’oublier : notre démocratie est terriblement malade mais elle n’a encore été transformée en régime autoritaire : le bon peuple, si souvent condamné à payer, est encore invité de temps en temps à déposer des bulletins dans des urnes.
Bien sûr, tout ceci n’a que l’apparence de la démocratie et, comme chacun a pu s’en rendre compte, lors de l’élection présidentielle de 2017, un clan très puissant et très bien organisé peut sans trop de difficultés placer un de ses membres à la tête de l’État, même s’il était totalement inconnu quelques mois auparavant !
Cependant, en attendant que les votes se fassent de façon électronique, et que les résultats soient donc totalement truqués, ce genre de parodie de démocratie, appelé élection, peut encore déraper si les évènements ne se passent pas comme prévu : il arrive encore que le peuple ne vota pas comme on le lui dit !
Macron hésiterait donc à faire le chien dans le jeu de quilles énergétique, sachant que beaucoup de gens croient encore qu’EDF est un service public, et beaucoup d’autres confondent allègrement Engie avec le distributeur d’électricité Enedis, qui se signale depuis deux ans par une campagne totalitaire pour infliger les compteurs communicants Linky à des millions de gens qui n’en veulent pas : voilà bien le genre de malentendu qui peut vous faire perdre par mégarde une élection dont le scénario a pourtant été parfaitement préparé à l’avance !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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