La machine publicitaire

La Décroissance – décembre 2018 – Jean-Luc Coudray –Selon le collectif anti-publicitaire Plein la vue, 0,0002 % des entreprises françaises monopolisent 80 % des publicités. Ces chiffres sont emblématiques de la logique de concentration du système capitaliste. Dans une Europe qui prétend lutter contre la concurrence faussée, le système publicitaire favorise ceux qui ont les moyens d’y accéder, pénalisant en conséquence les petites entreprises, c’est-à-dire les commerçants indépendants et locaux.
Nos responsables politiques fustigent l’immobilisme. Mais le dopage de ceux qui ont déjà réussi économiquement et l’exclusion des petits commerces aggravent l’immobilisme d’une économie qui préfère la concentration des capitaux à leur circulation.
Le capitalisme n’est rien d’autre qu’une machine à exacerber les disparités. Il rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Il augmente la taille des métropoles, diminue celle des petites villes, densifiant la vie urbaine et vidant les campagnes. Il gonfle les tirages des best-sellers littéraires et réduit les autres. Il fonctionne comme le curseur à augmenter les contrastes d’une image sur Photoshop : un paysage en nuances et en couleurs devient une addition de taches noires et blanches. 
La mécanique du vide
La technique procède ainsi. Comme nous l’enseigne la première loi de la thermodynamique, il n’y a jamais de création d’énergie. C’est pourquoi une machine ne crée aucune force, elle la concentre seulement. Mais en la concentrant, elle vide un territoire. Par exemple, une locomotive à vapeur va canaliser de l’énergie pour exercer une puissance de traction. Mais en désertifiant toutes les forêts qui l’entourent.
Le capitalisme est une machine à rationaliser les profits, donc une machine. Comme toute machine, il centralise et désertifie. La planète se couvre de déserts, ruraux, financiers, biologiques, ou déserts tout court. Et l’énergie financière ou physique s’accumule dans des métropoles toujours plus géantes et invivables. 
La publicité en ajoute une couche. Elle déplace et focalise l’attention des usagers vers les multinationales plutôt que vers les établissements indépendants. Déplacement et concentration, c’est le fonctionnement d’une machine. Machine capitaliste, machine publicitaire, machine physique, c’est du pareil au même, on amasse des butins, on fabrique du néant.
Cette concentration est évidemment suicidaire à moyen terme. Mais, avant l’écroulement, elles est jouissive pour une minorité.C’est pourquoi elle est masquée par un discours qui nous prétend que la publicité dope l’économie. L’un des leviers de la publicité est le matraquage. Mais, pour matraquer, il faut vanter sur l’ensemble du territoire les intérêts de la même multinationale. C’est donc bien l’absence de diversité des annonceurs qui permet le matraquage, c’est-à-dire la publicité.  Des informations commerciales de proximité, en occupant l’espace publicitaire, limiteraient le matraquage. 
Renflouer le fort relève d’une forme de lâcheté, de conformisme et d’obéissance. Rien de neuf ne peut advenir d’un tel système. La seule nouveauté dans cette logique, c’est l’innovation technologique, c’est à dire l’augmentation de la puissance. Puissance de quoi ? De concentrer et de vider. Ainsi, le seul changement qui stimule la publicité, c’est l’aggravation du fait établi. Le toujours plus, c’est le toujours plus du même.
En détruisant le tissu de l’économie réelle,  la publicité est anti-économique. Faisons donc l’économie de la publicité.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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